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Publié par Jacques Teissier

tendre comme les pierres

 

Philippe Georget aime le changement. Après un roman noir qui a rencontré un beau succès (Le paradoxe du cerf-volant), puis un polar (Les violents de l’automne), il nous propose avec son dernier né un roman qui s’inscrit dans la veine du livre de Preston & Child,  publié en France en 2012 :  Les sortilèges de la cité perdue.  

 

Cependant, même si les thèmes sont proches, il reste tout de même des différences notables entre Preston & Child et Georget : ce dernier s’intéresse trop aux problèmes de notre époque pour les délaisser totalement au seul profit de l’aventure et de l’exotisme comme le font les deux illustres auteurs américains. De ce point de vue, ceux qui ont apprécié ses premiers livres trouveront tout de même leur compte à cet apparent changement d’orientation.

 

Lionel Terras, journaliste désabusé, baroudeur et colérique, chargé d’un documentaire sur un site de fouilles archéologiques en Jordanie ; Rodolphe Moreau, vieil archéologue responsable du chantier, qui vient d’être injustement accusé du viol d’un jeune garçon et se retrouve dans une prison jordanienne ; Mélanie Charles, sa jeune et séduisante collaboratrice qui est convaincue de l’innocence de son patron et va tenter de convaincre le journaliste de l’aider... ce sont les trois principaux personnages de ce roman, qui va vous entrainer dans décor aussi magique qu’exotique, un lieu qui ravivera agréablement les souvenirs des lecteurs qui l’ont déjà visité et enchantera les autres : Pétra, la mythique cité nabatéenne vieille de près de trois mille ans. 

 

Il y a naturellement d’autres personnages importants qui vont intervenir dans l’intrigue (car il y a une intrigue, et même un mystère) : Nacer Ousman, collaborateur de Moreau et ami de Mélanie, le vieux bédouin Dahoum qui va avoir dans l’histoire un rôle essentiel, et naturellement... le désert du Wadi Rum, personnage à part entière du roman, qui va bouleverser la vie du journaliste.

 

Si Lionel Terras n’est pas immédiatement convaincu de l’innocence de Moreau, il va changer d’avis après en avoir discuté avec Mélanie. Et la question se pose alors : s’il y a bien un complot contre l’archéologue, qui en est à la source, et pourquoi ? Celui-ci, après un AVC, ne peut plus communiquer et ne peut donc les mettre sur la voie. Tout en préparant avec Mélanie le documentaire pour lequel il a été payé, la curiosité va pousser le journaliste à chercher la vérité. Et cette recherche, qui va se révéler dangereuse, va le conduire sur la trace de Lawrence d’Arabie et des sept piliers de la sagesse, mais aussi d’un lieu qui semble ignoré de tous et n’est peut-être qu’une légende racontée le soir autour du bivouac : Sharat-Aqem.

 

La partie documentaire du roman, très fouillée, est bien intégrée au récit et participe à l’attrait que procure sa lecture. Ceux qui ne connaissent pas la région apprendront beaucoup sur son histoire, aussi bien lointaine que toute récente. Les autres retrouveront un pays attachant, qui conserve malgré le tourisme un côté mystérieux.  

 

C’est le questionnement sur le tourisme, avec ses répercussions contradictoires, qui va ramener Philippe Georget sur les problèmes contemporains, après ce détour sur le mystère et l’aventure.

 

Le « tourisme archéologique » permet de faire vivre la population autochtone et de la fixer sur un lieu qu’ils aiment mais où ils ne pourraient que difficilement survivre sans lui. Dans le même temps,  ce tourisme accélère la détérioration de sites millénaires et à terme risque de faire disparaitre un mode de vie ancestral lié au désert, celui des Bédouins.

 

L’auteur ne prend pas parti et ne prétend pas apporter une solution à cette contradiction, mais son narrateur, le journaliste bourru et chiant, mais aussi sympathique et attachant, va la vivre avec intensité et nous la faire partager. À la fin du livre, Lionel Terras va d’ailleurs finir par trouver un équilibre personnel et un mode de vie qui correspond bien à ce que le lecteur sait de lui.

 

Philippe Georget parvient à intégrer à ce roman plusieurs ingrédients qui devraient apporter à celui-ci les faveurs de nombreux lecteurs : exotisme, intrigue policière, relation amoureuse finement décrite entre les deux héros de l’histoire, solide documentation historique, politique et archéologique, personnages forts et bien dessinés, écriture plaisante et efficace, même si pour mon gout elle fait parfois la part un peu trop belle aux dialogues (mais certains peuvent au contraire apprécier)... un beau et solide travail d’écrivain !

 

Tendre comme les pierres
Philippe Georget
Éditions Jigal (15 février 2014)
343 pages ; 19 €



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