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Publié par Jacques

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Si ce premier thriller de Chevy Stevens était une friandise, ce serait une dragée au poivre, piquante, savoureuse, parfois agaçante pour les papilles, mais que l’on souhaite garder longtemps dans la bouche. Original dans sa forme, surprenant dans son dénouement, le livre prend le lecteur à la gorge et ne le lâche plus jusqu’au dénouement final.

Annie est une jeune femme de trente-deux ans, agent immobilier sur l’île de Vancouver. Elle est enlevée par un homme qu’elle ne connait pas, séquestrée pendant plusieurs mois dans une cabane perdue au milieu d’une forêt. Impossible pour elle de s’échapper. Dès le premier chapitre, elle livre à sa psy le récit du long calvaire qu’elle a vécu. On peut se dire que c’est une drôle d’idée d’avoir présenté l’histoire sous la forme du récit de la jeune femme dans lequel chacun des chapitres du roman est une séance de la narratrice chez sa psy. Mais c’est une idée forte car elle place d’emblée le lecteur au cœur d’un thriller psychologique astucieux en lui faisant jouer le rôle d’un voyeur à qui, normalement, tout ce qui est révélé par la patiente devrait être caché.

Annie est chez sa psy, elle s’en est donc sortie ? Oui, bien sûr. Comment ? Nous le saurons pendant le cours des séances. Dans quel état ? De toute évidence, psychologiquement brisée. Et au fur et à mesure qu’elle dévoile à une psy que le lecteur ne voit jamais intervenir, tout ce qu’elle a dû subir de la part de son ravisseur (qu’elle baptise le Monstre), on comprend bien pourquoi elle a tant de mal à rétablir des relations « normales » avec son entourage.

Le récit est habilement construit, puisqu’il nous permet non seulement de savoir ce qu’a vécu Annie, mais aussi d’assister en direct aux difficultés de réinsertion que l’ex-prisonnière maltraitée rencontre dans sa vie quotidienne. Impossibilité pour elle d’établir à nouveau des relations filiales équilibrées, ou bien de retrouver, intactes, les relations d’amour ou d’amitié qu’elle pouvait avoir avant. Comme le disent les psys qui font dans les clichés journalistiques, elle doit se reconstruire et nous suivons pas à pas cette reconstruction difficile.

Si le roman se bornait à cet aspect, il serait déjà exceptionnellement intéressant. Car l’analyse des traumatismes subis par la jeune femme ainsi que les relations de couple entre celle-ci et son geôlier sont décrites avec intelligence et finesse. Vous ne retrouverez pas ici la tarte à la crème du syndrome de Stockholm. Annie hait son geôlier qu’elle souhaiterait voir disparaître en même temps que les humiliations quotidiennes qu’il lui fait subir, humiliations qui peuvent se résumer en une phrase : violée, battue, persécutée, elle est sa chose, ne peut faire que ce qu’il a décidé, même pour les aspects les plus intimes de sa vie. Son personnage est une des grandes réussites du livre : loin d’être mièvre, elle manifeste dans les moments les plus difficiles une grande force de caractère, et les relations en période de crise qu’elle entretient quand elle s’en est sortie avec son amie Christina, sa mère ou son petit ami Luc sont décrites avec justesse et profondeur.

Dans la dernière partie, le roman prend une autre tournure quand Annie, aidée par Garry, un flic avec qui elle sympathise, commence à se demander pourquoi elle a été enlevée. Le thriller psychologique bascule alors vers un polar classique à l’intrigue astucieuse qui va surprendre le lecteur en l’entrainer vers le passé d’Annie : sa famille ? Ses amis ? Son petit ami ? Son travail ? Là aussi, le suspense est habilement créé, le mouvement s’accélère, tout est fait pour que le lecteur ne puisse plus lâcher le livre… et ça marche !

Vous l’avez compris, ce roman est un thriller tout à fait remarquable, qui mérite amplement le succès qu’il a connu aux Etats-Unis et au Canada. Gageons qu’il connaitra le même succès auprès des amateurs français de thrillers, il le mérite !

 

 

Séquestrée
Chevy Stevens
Editions l’Archipel
380 p
20,99 €

   Les deux chroniques de Un Polar (collectif) sur ce livre :

Chronique 1 (Liliba)

 

Chronique 2 (Jacques)

   

 

 

Présentation de l’éditeur

 

Annie O'Sullivan, 32 ans, est agent immobilier sur l'île de Vancouver. Par un beau dimanche ensoleillé d'août, alors qu'elle fait visiter une maison à un potentiel acquéreur, ce dernier lui plante le canon d'un revolver dans le dos et l'oblige à monter dans sa camionnette...

Quand Annie se réveille, elle est prisonnière dans une cabane isolée en pleine forêt. C'est le début d'un enfer qui durera plus d'un an : douze mois où le Monstre - comme Annie le surnomme - fera d'elle sa chose. Torture psychologique, abus sexuels... : tout y passera, jusqu'à ce que la jeune femme parvienne enfin à s'échapper.

Pourtant, le plus dur commence pour Annie, qui doit à présent surmonter son traumatisme, réapprendre à vivre normalement sans plus dormir enfermée dans un placard, seul lieu où elle se sent en sécurité, et, surtout, accepter l'effroyable vérité : elle connaît le commanditaire de son enlèvement...

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Jacques 16/09/2011 04:27



J'ai lu ta critique Claude. elle est comme j'aime : précise, fouillée  et rigoureuse, merci de ton avis pertinent !



Claude Le Nocher 15/09/2011 16:53



Salut Jacques


Tu fais bien de souligner que le Syndrome de Stockholm n'est pas le sujet, bien au contraire, de cet excellent suspense psycholique. Pour mémoire, j'ai évoqué ce livre ici : http://0z.fr/qQVAt


Amitiés.