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Publié par Jacques Teissier

rosa_mortalis.jpgDans ce nouveau roman d’Élisa Vix, nous retrouvons le lieutenant Thierry Sauvage, et il faut bien avouer que la personnalité de ce flic, personnage récurrent de l’auteur, est un vrai régal pour le lecteur ! La qualité du personnage du flic enquêteur est d’ailleurs souvent révélatrice de la qualité d’un polar. Or, si l’on examine la typologie des flics de polars, nous constatons que la tâche n’est pas facile pour les auteurs qui veulent faire preuve d’originalité.


Passons sur le héros bardé de toutes les qualités imaginables, à la fois beau, intelligent, bosseur, profondément honnête et d’une intuition éblouissante : il n’existe pas dans les polars contemporains. C’est heureux, car il faut avouer qu’il présente un intérêt limité.

 

Mais entre et le flic loser abruti par l’alcool et complètement déglingué par une histoire d’amour tragique, le flic déjanté ex-champion de boxe ou de karaté qui cogne sur tout ce qui bouge, et le flic obsédé par son boulot, sans vie privée et travaillant en solitaire, toutes les nuances les plus subtiles ayant déjà été imaginées, c’est bien le talent de l’auteur qui va faire toute la différence.

 

Et question talent, pas de doute, Élisa Vix tient le bon bout ! Avec ce personnage de Thierry Sauvage, qui se révèle si politiquement incorrect, elle nous surprend et nous amuse de la première à la dernière page.

 

Pour son supérieur hiérarchique, le commissaire Gorino, « Sauvage c’était certes le plan B, mais B pour branleur, bidouilleur, bas du plafond...). Quant au meilleur ami de Sauvage, le médecin légiste Seignol, qui a plutôt des préjugés favorables à son égard il nous dit de lui : “ce dernier, c’est vrai, n’était pas à proprement parler un enquêteur hors pair, mais il avait certains défauts, qui, dans des circonstances extrêmes, pouvaient s’avérer décisifs : une propension à la cogitation devant un bon verre, doublée d’un goût indéniable pour le raccourci, un grand pouvoir de persuasion consolidé par un ego non moins démesuré, et une absence de sens moral heureusement atténuée par un rejet de la violence physique et de tout ce qui risquait de lui faire mal en général (...) comme policier, Sauvage n’était pas plus mauvais qu’un autre, comme humain, il était dans la moyenne, limite inférieure”.

 

Mais ce que j’ai trouvé le plus drôle chez Sauvage, c’est son rapport avec ses trois enfants. Son personnage est à l’opposé du cliché usé du père divorcé et traumatisé de ne pas voir plus souvent ses gosses qu’une ex-femme amère et revancharde tente d’éloigner de lui.

 

Sauvage, lui n’a au contraire qu’une crainte : c’est que Maryse, prof de français et passionaria d’un mouvement altermondialiste antipub, lui impose la garde partagée de leur fils Victor ! Celui-ci, un préado évidemment passionné de jeux vidéos, n’est pourtant pas plus chiant que la plupart des jeunes de son âge... Mais Sauvage est ainsi...  

 

Quant aux deux jumelles de deux mois qu’il vient d’avoir (à l’insu de son plein gré) avec sa nouvelle compagne Valérie, elles l’empêchent de filer le parfait amour avec leur mère, qui est trop épuisée par le travail quotidien qu’elles exigent pour avoir la tête à faire des galipettes. Ce qui est pour Thierry une activité plus qu’indispensable : vitale !

 

Le fait qu’il ne puisse pas distinguer ses deux filles et inverse régulièrement leur prénom ne lui pose aucun problème, même si son entourage trouve ça affligeant ! Mais on comprend mieux ses réactions quand il nous donne sa propre vision de la paternité : “lorsqu’un prisonnier entrait au bagne, on scellait autour de sa cheville un anneau prolongé d’une chaîne et d’un boulet. C’était à peu près l’image que se faisait Thierry Sauvage de la parentalité. L’enfant était un boulet, certes adorable (parce qu’il vous ressemblait), plein de répartie en grandissant (trop ?), susceptible de payer votre retraite (si vous y arriviez), mais tout de même un boulet qui vous bouffait votre temps et votre énergie, y compris sexuelle”.

 

 Or, ce sont encore deux sœurs jumelles, Bernie et Thérèse, la fantaisiste et la sérieuse, qui sont au centre de cette nouvelle intrigue policière. Une vraie fatalité pour Sauvage, un signe du destin ! Deux sœurs que certains autour d’elles confondent, ou plutôt confondaient puisque l’une des deux, Bernie, est retrouvée à l’état de cadavre, les vertèbres brisées. À moins que ce ne soit Thérèse ? Tout est possible !

 

Une deuxième intrigue, liée au passé de Joana, la blonde et musculeuse collègue de Sauvage, s’entrelace avec l’intrigue principale. Un ancien gendarme vient relancer Joana : il pense avoir trouvé l’homme qui serait à la fois le violeur de sa mère et son propre père génétique. Cet homme serait aussi un tueur en série qui continue à sévir, violant et tuant de toutes jeunes filles. Joana va l’aider à coincer le tueur, mais elle n’est pas au bout de ses surprises !

 

Il faut le dire : même si ces deux intrigues, concoctées par Élisa Vix, sont astucieuses, bien ficelées et parviennent à surprendre le lecteur, elles ne sont pas à la source du plaisir que j’ai éprouvé à la lecture de son roman.  

 

L’auteur maitrise parfaitement tous les aspects de son art et sait agencer à la perfection les ingrédients qui lui permettent d’obtenir un excellent polar. Son écriture est vive, alerte, efficace, sans bavardage inutile. Elle manie l’humour ou l’ironie avec maestria et nous offre là un roman pétri de bonne humeur et de fantaisie, l’opposé absolu des romans noirs où le tragique de la vie le dispute aux pesanteurs sociales.

 

Sans doute le meilleur roman d’Élisa Vix (comme dirait Coluche : jusqu’où s’arrêtera-t-elle ?), Rosa Mortalis est donc un divertissement de bon aloi, à ne pas manquer si vous souhaitez passer quelques heures de lectures plaisantes et croiser des personnages fantasques, que vous n’oublierez pas...

 

Rosa Mortalis
Élisa Vix
Éditions du Rouergue (1er février 2013)
Collection Rouergue noir
208 pages ; 20 €

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