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Publié par Jacques Teissier

 

restezombre Messieurs les truands : pour réussir, restez discrets !

 

Une chronique de Jacques.

 

Est-il toujours souhaitable que la justice connaisse le fin mot d’une affaire judiciaire en cours, une affaire dans laquelle il y a eu mort d’homme ? Posée ainsi, la question semble purement théorique et propre à nous entrainer dans des débats philosophico-judiciaires tortueux. Mais appliquez-là à une affaire concrète, dans laquelle nous trouvons des personnages de chair, d’os et de passions, et aussitôt chacun de nous va avoir son point de vue, plus ou moins argumenté, une opinion qui va nous sembler (c’est la moindre des choses puisque c’est la notre) totalement pertinente…

C’est dans cette voie que nous entraine André Fortin dans ce roman qui marie avec bonheur un pan douloureux de l’Histoire récente de notre pays (l’occupation et la collaboration) aux passions si humaines que sont la cupidité, la soif de pouvoir, l’amour, combinées à la difficulté de vivre avec une mémoire familiale falsifiée, honteuse et trop longtemps cachée.

Le juge Galtier décide de raconter à deux jeunes auditrices de justice en quête d’expériences une affaire judiciaire qu’il a traitée dix ans plus tôt et qui n’a pas trouvé de réponse officielle.

 

Un vieil homme de 83 ans a été sauvagement assassiné de plusieurs coups de couteaux dans une rue d’un quartier chic de Marseille. L’affaire semble simple : crime crapuleux puisqu’on lui a piqué son portefeuille. Mais dans ce cas, pourquoi un si grand acharnement du meurtrier, ce qui pourrait faire plutôt penser à une vengeance ? Le lecteur va en savoir un peu plus par l’alternance d’un double récit qui nous présente deux personnages : Théodore, jeune policier à Marseille pendant les années d’occupation, et Charlotte, une ado « difficile » et révoltée du début des années 2000, que sa riche famille a envoyée dans une luxueuse pension privée suisse.

 

Quels rapports y a-t-il entre eux ? Et quelle relation peuvent-ils avoir avec le meurtre du vieil homme ? C’est ce que nous découvrons au fil des chapitres, dans une narration agencée avec habileté. Chacun des récits – celui de Charlotte et celui de Théodore – possède sa propre tonalité et nous entrons subrepticement dans la vie et les motivations de ces deux personnages pour lesquels l’auteur parvient à susciter chez le lecteur un intérêt qui va croissant.

 

Avec le très discret Théodore, nous vivons les années sombres de l’occupation allemande à Marseille, à travers le regard d’un jeune flic magouilleur et sans scrupule dont le but dans la vie est de s’élever dans l’échelle sociale à n’importe quel prix. Théodore, à l’école de son père, est suffisamment intelligent pour prévoir l’évolution des évènements militaires et politiques qui risquent de changer la donne dans les mois qui vont suivre. Il prépare donc les probables changements à venir, mais en attendant ce jour les trafics, la corruption, le marché noir, les pillage des biens des juifs qui vont bientôt être raflés par la police française (dont Théodore) sont le pain quotidien du jeune policier. Mais comme le cœur a ses raisons que la raison ne connait pas, il va tomber amoureux d’une jeune juive, Anna, qu’il va doublement tromper. Une trahison qui se retournera un jour contre lui…

 

Quant à Charlotte-la-révoltée, elle développe une relation de complicité avec Marie-Ho, la directrice de la pension qui, en cherchant à comprendre les raisons du comportement de la jeune fille, se prend peu à peu de sympathie pour elle. Les relations entre les deux personnages sont finement développées et leur recherche réciproque d’amour maternel et filial les rendent attachantes.

 

Assez rapidement, l’auteur nous donne deux clés : Le vieil homme assassiné n’est autre que Théodore ; Charlotte est la petite fille de celui-ci. Une troisième clé viendra un peu plus tard, encore plus éclairante pour le lecteur… je vous la laisse découvrir.

 

Naturellement, le juge Galtier va rencontrer les principaux suspects et d’autres encore, comme Julia, l’amie de lycée de Charlotte. Comprendra-t-il ce qui s’est réellement passé dans les années 40 et qui a été le creuset de l’assassinat de Théodore ? Si oui, que fera-t-il ?

 

La recherche du coupable n’est pas le véritable nœud de cette histoire : l’auteur donne suffisamment de pistes pour que le lecteur devine rapidement la solution de l’énigme. C’est plutôt dans les motivations des personnages qu’il faut chercher l’accroche principale, mais aussi sur une interrogation portant sur le couple antagoniste : justice et vengeance. Car le roman s’achève sur un débat entre les deux auditrices de justice à qui le juge a raconté l’histoire, un débat qui interroge chaque lecteur : si la justice n’est pas capable de faire son travail en temps utile, la vengeance privée est-elle pour autant justifiée ? Chacun a sa réponse, mais en attendant de donner la votre, n’hésitez pas à vous plonger dans ce livre bien construit, aux personnages attachants, à l’écriture fluide et plaisante : il donnera de la chair à vos arguments, quels que soient ceux-ci !

 

Restez dans l’ombre.
André FORTIN
Jigal Polar, éditions Jigal.
264 pages. 18€.

Cette chronique a également été publiée sur un polar-collectif

Commenter cet article

Oncle Paul 28/09/2012 16:33


Bonjour Jacques


Coïncidence ? j'ai publié ma chronique sur ce roman hier ! Un excellent roman comme tous ceux d'André Fortin.


Amicalement