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Publié par Jacques

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La belle ville de Bruges est encore au cœur de ce nouveau roman de Pieter Aspe, un roman dans lequel le commissaire Van In continue à exercer ses fonctions aux côtés de sa séduisante compagne Hannelore qui, en tant que juge d’instruction est forcément en première ligne de toutes les affaires. 

Un petit doigt coupé retrouvé dans un parking, un centre hippique dévasté par un incendie criminel dans lequel on retrouve un cadavre, un cambriolage dans la maison d’un homme de théâtre, sans compter une plainte déposée pour exhibitionnisme, voilà des éléments disparates et qui semblent n’avoir aucun rapport. Pourtant, toute l’habileté de Pieter Aspe va consister à assembler les éléments de ce puzzle pour en faire un tout cohérent :  son enquête va en effet faire ressortir que tous ces éléments ont un lien.  L’intrigue, bien menée, est astucieuse et le lecteur s’y laisse prendre au piège, mais elle est relativement accessoire chez Aspe.

Comme souvent chez les meilleurs auteurs de polars (dont Aspe fait partie), les personnages sont décrits avec finesse. L’auteur sait trouver les détails qu’il faut pour les rendre intéressants, attachants parfois, et en particulier celui de Van In,  solide buveur de bière et  gros fumeur qui commence à  payer le prix de ses excès.  Bien que Van In ne soit pas du genre à douter de lui-même et de son pouvoir de séduction, il a tendance à prendre du poids, ses chairs commencent à s’affaisser, ce qui lorsque l’on vit avec une  femme nettement plus  jeune et terriblement  séduisante comme Hannelore est plutôt désolant.  Van In commence aussi à avoir quelques problèmes de santé, avec des indices qui lui font penser que l’infarctus pourrait bientôt l’atteindre, et du coup notre sympathique commissaire décide d’arrêter la clope… ce qui ne va pas sans mal ! De nombreuses annotations savoureuses sur ces thèmes parcourent le livre et contribuent à rendre sa lecture plaisante.

Au cœur de l’Affaire (qui commence par DES affaires), on va retrouver une troupe de théâtre contemporain dirigée par un personnage trouble. Et Pieter Aspe éprouve un visible plaisir à nous montrer toute une galerie de personnages marquants liés à la troupe, depuis le concierge du théâtre, jusqu’aux actrices et au metteur en scène Max, qui se trouve être le compagnon de la jeune cousine d’Hannelore. L’auteur en profite pour nous montrer la mise en scène et le fonctionnement d’une pièce contemporaine, Purgatoire, allant jusqu’à nous donner à lire des extraits de la pièce joués par de jeunes comédiennes nues (modernisme oblige). Cette description du monde du théâtre contemporain est jubilatoire et ajoute du piquant à l’histoire.

Car Pieter Aspe possède une grande aptitude pour nous montrer des personnages aussi originaux que crédibles, en révélant peu à peu leur face cachée, en nous donnant à voir juste ce qu’il faut pour nous inciter à attendre  la suite avec impatience. Son collègue et ami Versavel, flic homo qui dans cet épisode commence à devenir amoureux d’Hannelore et qui a des problèmes de conscience en est un exemple particulièrement savoureux. Carine, la séduisante jeune collègue nommée inspecteur par les soins de Van In et qui développe avec celui-ci des rapports de drague softs et troubles en est une autre… mais tous les personnages sont ainsi : bien campés et intéressants à regarder vivre, dans leurs rapports mutuels.

Une des caractéristiques de Pieter Aspe est le regard amusé et ironique qu’il porte sur la société flamande, sur la ville de Bruges et plus généralement sur les rapports humains. La question du regard, de « l’angle » porté par les auteurs sur la vie et les  gens est une source constante d’intérêt pour le lecteur, qui peut s’amuser à comparer ainsi Aspe avec Vargas, Mankell, ou autres Biberfeld, en cherchant les points communs et les différences d’approche : différence dans l’humour ; légèreté ou profondeur ; joie de vivre ou tristesse, etc.

Le personnage de Van In est plutôt du côté de la gaité, il prend la vie du bon côté, il est raisonnablement obsédé par les femmes, n’a pas un comportement toujours « politiquement correct », bref il est sympathique. Le lecteur aurait presque envie de le remercier d’être ce qu’il est. Mais finalement, il vaut peut-être mieux remercier l’auteur !

Merci donc, monsieur Pieter Aspe.

A lire : la chronique de Cassiopée sur le tableau volé, une autre enquête du commissaire Van In.

Pièce détachée
Pieter Aspe
Albin Michel
octobre 2011
18 €

Présentation de l'éditeur

Quand une enquête du commissaire Van In commence par un simple cambriolage, il faut se méfier… C’est souvent le début d’un savant imbroglio. Et de fait, après le cambriolage d’un homme de théâtre renommé, on découvre un doigt coupé dans le théâtre où va se donner la pièce mise en scène par le compagnon de la cousine d’Hannelore ! Avant de retrouver, après l’incendie d’un centre équestre, un corps auquel manque… un doigt. Seul lien entre ces deux affaires : la plupart des acteurs du drame étaient au même moment au Chili, dans des circonstances troubles. Une nouvelle enquête au cordeau, menée tambour battant par le trio explosif Van In, Hannelore et le
brigadier Versavel, sur fond de séquelles de la dictature chilienne…

 

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