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Publié par Jacques Teissier

n_eteins_pas_la_lumiere.jpgQuand la manipulation mentale est élevée au rang d’œuvre d’art démoniaque...

 

Avec ses deux premiers polars, Glacé et Le Cercle, Bernard Minier a réussi l’exploit – plutôt rare – d’agglomérer autour de lui un « cercle » de lecteurs qui ne rateraient pour rien au monde son troisième livre. C’est mon cas !

 

Outre la qualité de son écriture, peut-être est-ce dû au personnage de Martin Servaz, flic cultivé, brillant et fragile, qui aime la littérature, la poésie et la musique classique et  a une fascination toute particulière pour Gustav Malher ;  Servaz, un être certes imaginaire, mais que j’imagine bien avoir une proximité de goûts et la même vision du monde que son créateur. Vrai ou faux, cela lui donne une profondeur rarement atteinte dans la très longue liste des personnages récurrents de flics enquêteurs dans le polar français.

 

Dans N’éteins pas la lumière, nous retrouvons Martin Servaz dans un centre de repos et de soins pour flics dépressionnaires. Car depuis qu’il a acquis la quasi-certitude que Marianne, la femme de sa vie, est morte assassinée par Hirtmann (voir son premier roman : Glacé), il soufre d’une dépression sévère dont il a du mal à sortir... jusqu’au moment où il reçoit une invitation anonyme à se rendre dans une chambre d’un grand hôtel de la région, le lendemain. Sa curiosité sera plus forte que la dépression, et il va se trouver alors embarqué dans une enquête non officielle pour laquelle il va se passionner, et le lecteur avec lui.

 

Nous allons découvrir avec lui une histoire dans laquelle la manipulation mentale est élevée par son initiateur (ou initiatrice) inconnu(e) au rang d’œuvre d’art démoniaque. Il ne s’agit pas de la classique manipulation mentale des pervers narcissiques, ceux qui tentent d’assurer leur emprise psychologique sur leur conjoint(e) sans raison particulière, juste « pour le plaisir » de dominer. Là, le (ou la) coupable, qui ne sera connu(e) que vers la fin du roman, a une motivation bien précise, mais qui reste jusqu’à la fin inconnue du lecteur. Servaz va faire partie du jeu terrible et complexe qui est mis en place. Quel est le rôle qui lui est dévolu ? C’est un des enjeux de l’intrigue.

 

Dans la chambre 117 de l’hôtel où il va se rendre s’est suicidée un an plus tôt une jeune artiste plasticienne, Célia Jabonka. Son suicide, d’après le médecin légiste, ne fait aucun doute, mais le flic se demande tout de même si ce suicide ne cache pas autre chose. Pendant qu’il tente de comprendre ce qui s’est passé, une autre jeune femme, Christine Steinmeyer, reçoit dans sa boîte aux lettres une première lettre qui semble écrite par une jeune femme inconnue, lettre dans laquelle elle annonce son suicide prochain. Elle prévient la police un peu tard, et à partir de là, sa vie bascule, se détraque, peu à peu, puis devient un enfer. Un enfer dans lequel quelqu’un cherche à l’enfoncer... mais qui, et pourquoi ? Elle n’en a aucune idée.

 

Naturellement, il ne fait aucun doute pour le lecteur que ce que vit Christine est lié, d’une façon où d’une autre, à ce qu’a vécu Célia quelques mois plus tôt. Nous attendons que la jonction se fasse entre les deux évènements, et en attendant ce moment où Servaz et Christine vont se rencontrer et confronter leurs expériences respectives, nous allons découvrir plusieurs personnages clés du roman : Gérald, le fiancé de Christine, Denise, son assistante, Cordélia, stagiaire dans la station de radio dans laquelle Christine est animatrice, et surtout Léo, un célèbre spationaute français qui a été l’amant de Christine. À travers lui, nous avons un des points forts du roman, la toile de fond originale dans laquelle va se dérouler une partie de l’intrigue : les vols spatiaux, la cité de l’espace de Toulouse et l’entrainement des spationautes à la Cité des étoiles près de Moscou... Naturellement, le lecteur se demande si la solution du mystère pourrait avoir un rapport avec ces lieux magiques, excellemment décrits et bien documentés par Bernard Minier.

 

Il faut avouer qu’au niveau de l’intrigue et du suspense, l’auteur fait très fort ! J’ai cru trouver la clé du mystère vers la page 500 du livre, mais je me suis aperçu rapidement que l’auteur m’avait magistralement piégé. Dans les cent dernières pages du roman, les rebondissements s’enchaînent et il est impossible de lâcher le livre avant d’être arrivé au terme de l’histoire. Un terme qui annonce une suite probable, pour notre plus grand plaisir.

 

Un remarquable polar donc, qui inscrit davantage encore Bernard Minier parmi les grands auteurs contemporains du genre.

 

N'éteins pas la lumière
Bernard Minier
Xo éditions (27 février 2014)
616 pages; 21,90 €

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