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Publié par Jacques Teissier

 Vous n’êtes pas sans ignorer (vu que les médias occidentaux n’en parlent jamais), la situation très particulière de la république ishtarique d’Ylgourie.


Ce minuscule état souverain, dans lequel je viens de passer quatre semaines, possède trois caractéristiques qui ne se retrouvent nulle part ailleurs et  vous rendront  sa visite aussi passionnante qu'instructive :

 

1)      Il est le seul pays de la planète entièrement dirigé par des femmes. Le matriarcat y est absolu, il domine la mentalité collective et structure les lois de la république.

 

2)      Il est aussi le seul pays dans lequel la religion monothéiste Ishtarienne est une religion d’État. Sa prophétesse, la très sainte et très vénérée Ishtarie (1802-1914) a réussi le difficile syncrétisme des trois religions du livre en prenant le contrepied absolu de celles-ci sur la question des rapports femmes-hommes.

 

3)      Les hommes y sont contraints au port obligatoire de la burqarmhure sous peine de flagellation publique s’ils ne s’y soumettent pas.

 

Ici, une précision s'impose : la burqarmhure, inconnue chez nous mais qui ne devrait pas le rester longtemps, est un élégant compromis entre la burqa afghane et l’armure médiévale. Imaginée par Paco Rabanne en 1972, constituée non pas de tissu, mais d’un alliage à base d’aluminium, de carbone et de zinc qui la rend à la fois souple et légère, elle permet de cacher toutes les parties impures de l’individu de sexe masculin, c’est-à-dire, en réalité, la totalité du corps de l’homme, des yeux et des cheveux jusqu'aux orteils et aux mains.

 

Tout comme pour l’armure médiévale, une mince fente au niveau des yeux permet aux porteurs de la burqharmure de ne pas se cogner aux rayons des supermarchés quand ils vont y faire leurs courses, ce qui est la seule activité publique permise aux hommes d’Ylgourie, qui n’ont naturellement ni le droit de travailler ni celui d’avoir leur propre compte bancaire, ni même d’aller boire un verre dans un des nombreux bars qui fleurissent dans la capitale et qui sont réservés aux femmes. Mais les hommes Ylgoures ne se plaignent pas : ils ont la chance de pouvoir s’occuper des enfants, du ménage, de préparer les repas et servir leur femme quand celle-ci arrive tard le soir, exténuée par son travail. « Existe-t-il tâche plus exaltante ? », m’ont dit ceux que j’interrogeais...  

 

En arrivant en Ylgourie (un voyage programmé par Marie, mon épouse, qui voulait m’en faire la surprise), je ne connaissais rien de ce pays, de ses mœurs et de ses coutumes. Comme tous les visiteurs étrangers mâles, j’ai été naturellement obligé de porter la burqharmure, sous peine d’être illico refoulé hors du pays. J’avoue que le premier jour, quand nous sommes allés sur le marché de Tabkentha, la capitale d’Ylgourie, j’ai trouvé ça un peu pénible, d’autant plus que la température avoisinait les 40 °C à l’ombre, ce qui donnait sous l’alliage de métal, et en particulier le heaume, une température capable de faire fondre la banquise. Mais on se fait à tout, et d’ailleurs comme mon épouse me le fit très justement remarquer « pour une fois que tu vas avoir le cerveau en ébullition, tu devrais considérer ça plutôt comme une chance ! ».

 

Il est vrai que de son côté, avec son petit short moulant et son tee-shirt relevé au-dessus du nombril, elle avait l’air plutôt à son aise, comme d’ailleurs toutes les femmes Ylgoures que nous croisions, toutes vêtues avec la même simplicité de bon aloi.

 

Comme je tentais d’engager la discussion avec l’une d’elles, celle-ci me lança un regard furieux et s’adressant directement à Marie, lui demanda de m’expliquer que je devais me tenir à distance des femmes et éviter de leur parler. « La burqharmure existe pour éviter aux femmes de subir les tentations charnelles que la vue des hommes risque de leur infliger, ce n’est pas pour que les hommes essaient d’émouvoir les femmes par leurs voix charmeuses et leurs paroles mielleuses » me traduisit Marie, qui s’écarta alors pour discuter longuement avec son interlocutrice et me rapporta un peu plus tard leur discussion.

 

J’appris alors que la burqharmure avait été créée par la très sainte et très vénérée Ishtarie pour protéger les hommes de la concupiscence des femmes. Les hommes, me rapporta en substance Marie, par leur comportement naturellement lascif, leur corps troublant et leurs discours trompeurs et souvent corrupteurs, peuvent faire naître chez les femmes des pensées impures et les détourner de l’Ishtarisme. Ils doivent comprendre que la burqharmure leur évite d’être importunés par de jeunes femmes qu’ils risquent de croiser quand, allant faire leurs courses, ils sont amenés à s’éloigner de leur domicile alors que leur épouse ne peut pas les accompagner.

« Tu veux dire que si je me déplace à visage découvert dans la ville, mon charme légendaire et ma beauté perfide vont pousser les jeunes femmes que je croise à me draguer ? », répondis-je à Marie, plutôt surpris, je dois l’avouer.

« Mais tu sais que si c’est le cas, je me sens tout à fait capable de les remettre à leur place ! Je n’ai nul besoin de burqharmure pour me protéger, je me sens capable de me protéger tout seul. Et puis d’ailleurs, je te signale que quand je me déplace en France dans les rues du village, je ne perçois que très rarement des regards concupiscents que les femmes jetteraient sur moi ».

Je n’osais pas ajouter « hélas » pour ne pas aggraver mon cas, mais Marie, qui me semblait anormalement perturbée par la longue discussion qu’elle venait d’avoir avec la femme Ylgoure, me rétorqua : « tu ne comprends pas, en réalité même si tu les remettais à leur place, ce dont je ne doute pas, le mal serait quand même fait : tu aurais suscité chez elles des pensées impures et peut-être même libidineuses. Et c’est le mal absolu, quelque chose que Dieu n’admet pas, et Ishtarie non plus ».

 

Voilà où j’en suis, mes amis : après avoir porté la burqharmure en Ylgourie pendant quatre semaines, nous sommes revenus en France et je dois vous avouer que je me suis habitué à cet habit original. Je le porte tous les jours dans les rues du village, sans ostentation, mais sans honte non plus. Je dois reconnaitre que Marie avait raison : rares sont les femmes qui viennent m’importuner. Certes, quand je fais du vélo avec mes copains, je dois mettre souvent de l’huile aux articulations de ma burqharmure afin qu’elle ne grince pas trop fort, et j’ai parfois un peu de mal à grimper les cols, mais ce sont des inconvénients mineurs par rapport aux immenses avantages moraux que j’en retire.  

 

J’espère que ce témoignage permettra aux hommes de notre pays, parfois influencés par des idées laïques dépassées, sinon ringardes, de comprendre que la burqharmure et la religion Ishtarienne représentent l'avenir radieux de notre beau pays.  Visitez l'Ylgourie, vous n'en reviendrez pas !


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