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Publié par Jacques Teissier

Depuis son arrivée, Doc a l’obsession du bruit. DES bruits, sachant que certains sont plus insupportables que d’autres. Par exemple les accrochages gueulards et alcoolisés entre des occupants de la Zone, ou bien les aboiements incessants de leurs chiens, ou encore leur musique agressive passée en boucle sans souci du voisinage. D’ailleurs, comment un humain véritable, avec un cerveau, même mal formé, peut-il écouter sans hurler de terreur cette musique punk hardcore si débile ? Il se le demande. Pourtant, Ramon s’obstine à vouloir la partager avec le monde entier, sans se préoccuper des autres.

 

Mais Doc ne lui en veut pas. Il faut dire que Ramon est le premier à l’avoir aidé quand il est arrivé ici avec sa blessure mal cicatrisée, le manque de sommeil accumulé depuis des jours ainsi que l’affaiblissement de son organisme provoqué par le froid de la nuit et la nourriture trop rare. Ramon et tous les autres l’ont accueilli sans lui poser de questions, lui ont offert un endroit pour dormir, un lieu pour rester à l’écart du monde, un refuge.

 

Il a simplement dit « je suis recherché par les flics ». Un coup de poker. Son expérience lui a fait pressentir que ces mots seraient le sésame qui lui permettrait d’être admis dans leur communauté. Pourquoi est-il recherché ? Ils ne cherchent pas le savoir. C’est son problème, pas le leur. Mais un type recherché par les flics doit être aidé. Une vraie solidarité, qui ne se marchande pas, ne se discute pas. Elle lui rappelle ce qu’il a vécu trente ans plus tôt quand il est arrivé – comme fugitif, déjà ! – à Buenos Aires, où il a partagé pendant plusieurs mois la vie misérable des habitants d’un des trois grands bidonvilles, à la lisière de la ville.

 

Ramon lui a installé une tente. Il l’a camouflée dans un taillis, à proximité de sa caravane sans roue qui commence à partir en lambeaux sous l’effet des intempéries et de l’âge, posée comme elle l’est depuis des lustres sur le sol rocailleux et desséché du carreau de l’ancienne mine dépourvu de la moindre touffe d’herbe.

 

L’absence de confort ne le gêne pas. C’est le paradis après ce qu’il a vécu ces dernières semaines. On lui a installé un matelas et refilé une couverture polaire qui lui permet de supporter la fraicheur de la nuit. Il partage les repas de son hôte, essentiellement du riz, des conserves de sardine ou de thon. Ces derniers jours, ils ont même des pommes depuis que Ramon en a ramené un cageot d’une vingtaine de kilos.

 

Ramon lui a expliqué les règles de base : dans la journée, chacune des personnes vivant dans « la Zone » a ses propres activités, soumises à un principe simple : avoir le moins de contacts possibles avec l’extérieur. Quand les sorties sont inévitables – l’autarcie est une utopie, tout le monde le sait –, il faut éviter les problèmes qui peuvent rejaillir sur la communauté. D’après Ramon, les gendarmes leur fichent la paix, quand ils viennent c’est pour une visite de routine imposée par leur hiérarchie. Ils évitent de fouiller quoi que ce soit et ne cherchent pas à savoir qui vit là, et pourquoi, se contentent de leur déclaration. Un accord tacite, implicite, qui peut se résumer ainsi : on vous fiche la paix tant que vous ne créez pas de problèmes dans la Vallée.

 

Ils sont venus la veille interroger les personnes présentes à propos d’une petite fille qui a disparu. Une gamine que personne ici n’a vue, affirme Ramon. Pendant leur visite, Doc est resté dans sa tente et une heure plus tard a pu en ressortir sans être inquiété.

 

Depuis, tout se passe bien, sauf pour le bruit. Et les chiens. Il y en a une bonne douzaine en tout et ils sont agressifs et plus ou moins bien dressés. Momo, le voisin le plus proche de Ramon, dit qu’ils sont impressionnants pour les étrangers, mais pas méchants pour ceux d’ici. Mais Doc a quelques doutes et préfère les garder à distance. Le seul pour qui il fait une exception, c’est Brutus, le rottweiler de Ramon, qui l’a eu à la bonne tout de suite, il ne sait pas pourquoi.

 

Ses migraines sont toujours présentes, lancinantes, de façon parfois intolérable. Que faire, sinon attendre qu’elles passent ? De toute façon, il ne veut plus prendre aucun remède. Ceux qu’il a absorbés pendant des années lui ont complètement bousillé la tête. Le plus drôle, c’est qu’il est maintenant considéré comme le médecin du campement. Au moment de son installation, Greg lui a demandé s’il avait une spécialité.

–         Je suis médecin, mais je n’ai plus le droit d’exercer.

–        Donc, tu pourras soigner les gens qui en ont besoin et qui ne veulent pas voir de médecins officiels ? 

–        Oui, mais il y aura un problème pour les médicaments, naturellement ça m’est impossible de faire une prescription.

–        On s’arrangera. Il y a toujours une solution. Tu t’appelles comment ?

–        Tout le monde m’appelle Doc, tu peux faire pareil.

Greg ne dit rien, il est habitué au désir de discrétion des gens qui viennent à La Zone.

 

Depuis son arrivée, Doc ne soigne que des bricoles. Seule une blessure assez profonde au pied, un accident de tronçonneuse, a nécessité de nombreux points de suture. Rien de compliqué. Le type parlait une langue slave et baragouinait quelques mots d’anglais. Ils étaient quatre autour de lui qui assistaient au spectacle et ont semblé être favorablement impressionnés par son intervention. Il n’a pas jugé utile de leur dire que ça fait plus de vingt ans qu’il ne pratique plus. Inutile de les inquiéter pour rien !

 

Le campement est situé sur un vaste plateau de trois ou quatre hectares, correspondant à la partie des anciennes mines qui servait à traiter les produits pour en séparer les composants. La route d’accès arrive sur le plateau par le Sud. Au Nord, à côté de l’endroit où logent Ramon et Doc, une pente raide descend vers le fond de la vallée jusqu’à un ruisseau qui, en cette saison, donne à plein. La végétation, depuis l’abandon de la mine, a eu largement le temps de repousser et même d’envahir ce versant. C’est un mélange de châtaigniers et de chênes verts sur la partie la plus haute. Plus bas, on ne trouve que des châtaigniers. Enfin, à proximité du ruisseau, des acacias mélangés à des frênes.

 

Doc se sent maintenant suffisamment bien pour faire une virée jusqu’au fond du vallon. Il évite les ronciers, choisit le passage régulièrement utilisé par les sangliers qui vont s’abreuver au ruisseau, un véritable sentier où la terre est retournée et la végétation quasi absente.

 

De l’autre côté du ruisseau, à quelques mètres à peine, il repère une clôture qu’il ne connait pas. Elle n’était pas là, à l’époque de Fiona. Avant que la trahison de celle-ci ne fasse basculer sa vie...

 

Il lui semble que c’est hier, mais le temps s’est écoulé sans s’occuper des dégâts qu’il provoque. Ses cheveux, toujours aussi fournis, mais qui ont prématurément blanchi, peuvent en témoigner. Les évènements passés restent gravés dans sa mémoire, des souvenirs cuisants, lancinants.

 

Le cours normal des choses s’est arrêté cette année-là. L’année de ses trente-deux ans. Depuis, il ne survit que pour pouvoir mettre un point d’orgue à cette histoire, avant de disparaitre. Une façon de conclure sa vie en beauté... même s’il ne croit pas en la beauté. 

 

Il regarde longuement au-delà de la clôture. Les champs n’ont pas changé, les arbres sont les mêmes, la déclivité du terrain aussi. Il sait qu’en remontant et en suivant le sentier, arrivé à mi-pente de la montagne, il retrouvera la maison.

 

Ce sera pour bientôt.


* * * *


Ferdinand se réveilla vers onze heures. Dominique lui avait laissé la chambre, proposant de dormir sur le clic-clac du petit salon. C’était un des petits bénéfices de son âge : même si lui-même ne se considérait pas comme vieux, certains faisaient preuve de sollicitude à son égard. Il trouvait ça d’autant plus amusant qu’il était physiquement en pleine forme : dans sa tête il avait trente ans, même si son passeport en indiquait soixante-dix-huit. Les passions qui l’agitaient ne s’étaient pas apaisées avec le temps et il présumait qu’elles ne s’apaiseraient pas. Son organisme craquerait d’un coup, c’était certain. Il garderait jusqu’au bout la même vitalité, ne deviendrait jamais grabataire et impotent, à la merci des autres pour boire, manger ou pisser. Un jour, son cœur lâcherait, simplement.

 

Diva avait éveillé en lui des désirs que naturellement elle ne pouvait pas prendre au sérieux, au moins pour l’instant. Il avait ce matin une érection de jeune homme, avec dans la tête les images des caresses douces et sensuelles qu’il lui avait prodiguées dans son rêve. Personne ne trouvait normal qu’un homme de son âge puisse désirer une jeune femme ou – moins encore – baiser avec elle. Au fil des ans, c’était devenu plus compliqué avec les femmes qui lui plaisaient, car elles avaient le plus souvent quarante ou parfois même cinquante ans de moins que lui. Elles pouvaient être charmées, parfois même séduites, mais n’acceptaient que difficilement d’aller jusqu’à une relation physique. Depuis une dizaine d’années, il devait ramer pendant de longues journées pour parvenir à ses fins et il commençait à comprendre qu’arrivé à un certain âge  la séduction devenait un véritable travail à plein temps !  

 

Il se consolait en se disant que quelques hommes de génie, avec qui il se sentait des affinités, étaient eux aussi passés par là, par exemple Picasso et Victor Hugo... Avec ce dernier, Ferdinand éprouvait un sentiment de fraternité lié à cet amour commun des femmes qu’ils partageaient jusqu’à un âge avancé. Il admirait le vieux Victor d’avoir séduit Judith Gauthier, la fille de Théophile, à quatre-vingts ans passés, et dans la foulée d’avoir aussi conquis Alba, une toute jeune femme...

 

Ferdinand avait lu ses carnets secrets dans lesquels Hugo parlait de ses conquêtes féminines et des amours tarifées qui, jusqu’au bout de sa course ultime, avaient été  le sel de sa vie et il était en désaccord avec lui sur la question de la prostitution. Certes, les femmes sont libres de disposer de leur corps comme elles l’entendent mais lui ne supportait pas l’idée de devoir payer pour baiser. Il avait  été si habitué, depuis l’adolescence, à séduire avec facilité les femmes qui lui plaisaient qu’il aurait trouvé humiliant d’avoir recours à une prostituée.

 

Mais ce désaccord avec Hugo ne l’empêchait pas d’éprouver avec force tout ce qu’ils avaient en commun : un amour partagé de la femme et une même puissance créatrice, quasi volcanique. 

 

Cette pensée était pour lui un stimulant puissant et il en était d’ailleurs persuadé : cette puissance de la créativité était en relation avec une vie sexuelle intense. Et sa créativité à lui était intacte, aussi puissante que celle qu’il avait à l’âge de vingt ans. N’avait-il pas écrit cette nuit, jusqu’à quatre heures du matin, un long poème qu’il avait dédié à Diva ? Ce poème, il l’avait corrigé avec minutie, peaufiné avec amour et il allait le lui lire quand il la reverrait. Il serait le point de départ d’une méticuleuse et obstinée tentative de séduction qui passerait par l’intelligence, la sensibilité et l’émotion... mais ne s’y arrêterait pas.

 

Il se rendit vers la cuisine pour se préparer un café et aperçut Dominique dans le salon. Le clic-clac était plié, Dominique était au centre de la pièce, sur un tapis, en position de méditation, les yeux clos. Il ne bougea pas quand Ferdinand passa à côté de lui. Naturellement, il n’y avait que du nescafé dans le placard de la cuisine. Il eut une moue dégoûtée, puis haussa les épaules. Il se contenterait de ce qu’il y avait, après tout lui aussi était capable de détachement quand il le voulait !

 

Ce matin, de bonne heure, encore dans un demi-sommeil, il avait entendu une voiture démarrer. Sans doute Diva et son flic qui partaient à la recherche de la petite fille. Une coïncidence incroyable si on y pensait, que cette disparition. Mais dans ce domaine, plus rien ne l’étonnait. Dominique était pire que lui, puisqu’il pensait que le hasard n’existait pas.

 

Dominique... une nouvelle fois il se demanda pourquoi il avait accepté d’accompagner le jeune homme dans sa recherche de Chloé. Même si celle-ci était bien sa fille – ce dont il ne doutait pas – c’était d’une façon distanciée, lointaine. Il n’avait jamais été présent pour elle, depuis sa naissance jusqu’à son adolescence. Pendant cette période, Chloé ne savait même pas qu’il était son père puisque Lydie ne lui avait rien dit. Il s’était contenté de verser une pension alimentaire confortable pour son éducation, et c’était tout. Pendant plusieurs années, Lydie avait conservé contre lui une rancune plus tenace qu’il ne le soupçonnait, et il ne l’avait plus revue jusqu’aux seize ans de Chloé, trop pris par l’écriture, ses conférences, ses nouvelles amours, la vie qui continuait.

 

Mais lui aussi avait de bonnes raisons d’en vouloir à Lydie. Pendant le cours de leur brève liaison, il avait été clair avec elle : jamais il n’aurait d’enfant, c’était pour lui une constante de sa vie. Il en avait tellement voulu à ses parents de l’avoir fait naître qu’il ne voulait pas recommencer ce même mécanisme imbécile. Mettre un enfant au monde, vouloir un enfant dans cette société inique n’était pas une hérésie, mais un crime contre l’esprit. L’hérésie en effet était pour Ferdinand une caractéristique positive puisqu’elle constituait le fondement même de sa personnalité. En revanche, le désir de la majorité des humains de se perpétuer, si naturel dans son processus, mais si inhumain et imbécile dans sa réalité était bel et bien un crime contre l’esprit. Et le mensonge de Lydie, lui laissant croire qu’elle pratiquait la contraception alors qu’au contraire elle faisait tout pour avoir un enfant avec lui constituait la plus grave des trahisons. Impardonnable.

 

Il se souvint de sa colère froide quand elle lui avait annoncé qu’elle était enceinte, combien il s’était senti ulcéré à la pensée que certains de ses gênes allaient se retrouver dans un autre être humain, qu’il serait ainsi un des maillons de cette chaîne des générations successives qu’il avait depuis toujours souhaité briser. Leur relation s’était arrêtée juste après cette déclaration surprise de Lydie.

 

Quand Chloé était née, Lydie lui avait tout de même laissé un message sur le répondeur pour le tenir au courant. Il n’avait pas répondu. Il était hors de question pour lui d’avoir une quelconque relation avec ce bébé humain qui ne suscitait en lui qu’amertume et même dégout.

 

Pendant longtemps, il n’avait plus eu de nouvelles de Lydie et de Chloé. Il vivait à Paris, elles aussi, mais leurs chemins ne se croisaient jamais. Mais un soir, à la fin d’une conférence sur la poésie arabe médiévale qu’il donnait à la Sorbonne, une jeune fille s’était approchée de lui et lui avait annoncé presque timidement qu’elle était sa fille, et la fille de Lydie. Sa colère s’était dissoute dans les brumes du temps et il avait reçu cette déclaration avec une certaine curiosité, sans éprouver ni amour ni tendresse, naturellement. Pourquoi ces sentiments seraient-ils liés à la biologie ?

 

Sur les questions de principe, il n’avait pas changé. Il se voyait, haussant les épaules, lui répondre : « la filiation est quelque chose qui n’a pas de sens pour moi, tu n’es pas ma fille parce que je ne veux pas avoir d’enfant et que je n’ai jamais voulu en avoir. C’est simple à comprendre, non ? »

Ces mots étaient sortis spontanément de sa bouche, sans qu’il ait le temps de penser aux réactions de la jeune fille, qui l’avait regardée avec une sorte de désespoir muet avant de tourner les talons et de s’enfuir en courant, sans se retourner. Il avait failli l’appeler pour lui dire qu’il voulait bien en discuter avec elle, lui expliquer sa position, lui faire comprendre que ce n’était pas elle qui était visée personnellement, mais qu’il s’agissait d’un principe moteur de sa vie. Trop tard.

 

Un peu plus tard, il s’en était voulu de cette réaction abrupte et irréfléchie, et avait compris quels dégâts elle pouvait causer sur une adolescente qui pouvait être psychiquement fragile. Peut-être avait-elle fantasmé pendant des mois sur ce père inconnu qu’elle allait enfin retrouver, avec qui elle pourrait établir des liens de confiance, puis d’amitié et même d’amour ?

 

Deux jours plus tard, après toutes ces années de silence, il avait contacté Lydie, qui le rembarra sèchement. Chloé ne voulait pas parler de leur rencontre et son comportement était plus perturbé que jamais, lui apprit-elle. Elle n’avait rien dit à sa mère de son désir de rencontrer son géniteur, et si Lydie elle avait été au courant elle s’y serait opposée. Elle refusait que Ferdinand tente de la revoir, il ne pourrait lui faire que du mal. Chloé devait pouvoir tirer un trait sur son père génétique, définitivement. 

 

Dans un premier temps, la réaction de Lydie l’avait arrangé. Il pressentait que Chloé serait une contrainte dans la vie agitée et même trépidante qu’il s’était organisée, une vie qui lui convenait bien et dans laquelle une ado qui semblait être à problèmes, comme toutes les ados de ce temps, n’avait aucune place. En même temps, le fait que Lydie lui demande de ne pas revoir sa fille suscitait naturellement chez lui un virulent désir contraire. Lui interdire de voir Chloé ? Mais pour qui Lydie se prenait-elle pour lui interdire quoi que se soit ? On ne pouvait rien lui interdire contre sa volonté, jamais !

 

Parfois un soupçon le taraudait sournoisement. Si Lydie, qui le connaissait bien, avait souhaité qu’il reprenne contact avec sa fille, c’est exactement ce qu’elle lui aurait dit : « surtout, ne cherche pas à la revoir, je te l’interdis ! ». Pendant la brève période où ils avaient vécu ensemble, elle avait d’ailleurs utilisé une fois ce procédé avec succès. Il avait appris cette petite histoire après leur rupture, et ce signe de duplicité de Lydie l’avait beaucoup amusé. Se pouvait-il que... ?

 

Pris en tenaille par cette contradiction, il avait laissé courir les choses, attendant qu’un signe du destin vienne les faire basculer d’un côté où de l’autre. Ce qui s’était produit quand Dominique, le demi-frère de Chloé, avait débarqué de façon impromptue.

 

Ferdinand soupira. Cette histoire lui flanquait le bourdon, et il n’avait vraiment pas besoin de ça. Il avala son bol de Nescafé, dans lequel il avait mélangé du lait en poudre trouvé dans le placard de la cuisine, et força ses pensées à prendre une direction plus plaisante. 

 

Il savait qu’il s’était planté en venant dans ce village sans moyen personnel de locomotion, et que les recherches qu’il devait entreprendre avec Dominique seraient rendues plus difficiles. De plus, alors qu’il détestait marcher, il fallait deux heures de trajet aller-retour rien que pour aller au village à pied chercher de la nourriture ! C’était hors de question. Il devait se procurer d’urgence une voiture.

 

Cet après-midi, il se rendrait à Florac pour en louer ou acheter une, une bonne occasion qu’il revendrait quand tout serait terminé. Au moment de leur accident à Aubusson, trois jours plus tôt, c’est ce qu’ils auraient dû faire immédiatement au lieu de venir en stop jusqu’ici après avoir laissé sa voiture en réparation. Il aurait gagné facilement une demi-journée qui aurait pu être utilisée pour rechercher Chloé. Mauvaise évaluation de la situation. Avec tristesse, il se dit que quelques années plus tôt, il n’aurait pas fait une telle erreur.   

 

Il décida de bousculer Dominique dans sa méditation.

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