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Publié par Jacques Teissier

Je n’étais plus venu chez Muriel depuis plusieurs années et c’était bien avant la mort de Louis, son père. Pendant toute la durée de son existence, celui-ci s’était contenté d’entretenir vaille que vaille la maison de ses parents, sans y apporter de modifications notables. La Coste était une ferme cévenole traditionnelle, que certaines des générations qui s’étaient succédé au fil des siècles avaient agrandie en y ajoutant une pièce, une grange, une clède... Les arrière grands-parents de Louis avaient ajouté un étage pour y installer une magnanerie au moment de la pleine expansion des vers à soie. Cela avait donné à la famille une aisance financière qui s’était évanouie après la fermeture des filatures.

 

La ferme, dans mon souvenir, était remplie de pièces  obscures dont certaines étaient plus mystérieuses que d’autres pour les enfants : caves, greniers, granges,  bergeries, une étable et même une porcherie pouvant accueillir une douzaine de cochons. Aujourd’hui, certains de ces endroits avait été rénovés, d’autre supprimés. Il n’y avait plus d’animaux. Sur la cour, plusieurs fenêtres aux huisseries récentes, garnies de rideaux ajourés en nylon blanc, semblaient s’ouvrir sur des appartements distincts.  Peut-être des logements qui servaient à l’organisation des stages ? Patrick et Odile devaient y avoir aussi leur propre appartement. En tout cas j’étais impressionné par le travail de rénovation entrepris par Muriel. « Son activité doit   fonctionner du feu de dieu », me dis-je, agréablement surpris.

 

 La veille au soir, au moment où Muriel était avec nous, Juliette avait téléphoné à son amie en lui proposant de l’attendre à La Coste et d’y passer la nuit.  Juliette était la rondeur même. Une  tête ronde de pleine lune,  des lunettes rondes de myope, une quarantaine de kilos superflus  rondement  répartis sur ses cent-cinquante centimètres de hauteur et assumés avec une jovialité permanente. Sa rondeur se manifestait aussi dans les rapports humains : toute personne qu’elle rencontrait, même à l’improviste,  repartait avec l’intime conviction que Juliette avait été formidablement heureuse de  croiser sa route.  « Mais il n’y a aucune simulation ni hypocrisie dans son comportement : elle est comme ça depuis sa naissance, sans doute même bien avant », ajoutai-je à la description que j’en fis  à Diva pendant le trajet.

 

Malgré la situation dramatique, elle souriait quand elle nous ouvrit la porte, et son sourire ne pouvait signifier qu’une chose : notre présence maintenait l’espoir intact. Nous allions retrouver Clara.

 

Juliette regarda Diva, qui physiquement était son opposé absolu, avec une admiration évidente. Elle nous invita à passer dans la cuisine où elle commença à nous préparer un café.

Je lui demandai si elle avait reçu des appels téléphoniques depuis la veille.

–        Deux voisins qui venaient aux nouvelles, et les gendarmes. Ils  m’ont dit qu’ils allaient organiser une battue, pour le cas où Clara aurait fait une balade dans la montagne et se serait blessée.

 

Diva, debout près de la fenêtre, observait la cour de la ferme avec curiosité. Sans détourner les yeux, elle lui demanda si elle croyait à cette hypothèse.

–        Elle est peu vraisemblable. Clara n’était pas une acharnée des sorties en solitaire, elle préférait sortir avec sa mère, ou avec moi, le plus souvent avec son amie Manon. En dehors de ça, elle était toujours plongée dans ses livres et son ordinateur.

–        Quelle est la dernière personne qui l’a vue, hier ? poursuivit Diva.

–        Sans doute Patrick, en tout cas aucun des voisins  ne l’a aperçue. De mon côté, j’ai été occupée toute la matinée et je ne suis pas passée ici.

 

Muriel nous avait déjà fourni quelques renseignements la veille, mais avait dit peu de choses sur la personnalité de Clara. Juliette pouvait-être plus objective que sa mère pour nous en parler. Je pris le relai de Diva.

–        Clara est-elle une enfant solitaire ? Sauvage ? Pourrait-elle suivre de son plein gré quelqu’un qu’elle ne connaitrait pas ?

–        Elle est plutôt équilibrée comme gamine. Pas sauvage, parfois elle aime bien  voir des gens. Mais solitaire, on peut dire qu’elle l’est. C’est surtout parce qu’elle est tellement préoccupée par ses études qu’elle ne pense pas à sortir.

–        Elle a des amis ?

–        Manon, qu’elle voit de temps en temps. Pas très souvent, je dois dire, mais quand ça se produit, ça lui fait du bien. Je le dis à Muriel : elle devrait jouer davantage, oublier un peu ses livres, on dirait une adulte, pas une enfant ! Et d’ailleurs, parfois je me demande quel est son âge réel...

–        Tu plaisantes, là !  Toi qui es l’amie de Muriel, tu connais quand même la date de naissance de sa fille, non ?

–        Naturellement. Je ne parle pas de son âge légal, mais de son âge psychologique et mental. De ce point de vue, elle est hors norme.

 

Elle  servit le café qu’elle avait préparé dans une cafetière Mélior, dans laquelle elle avait versé huit  cuillerées à soupe de café moulu. Le jus qui était sorti de l’appareil ressemblait  à du bitume fumant prêt à être déversé sur une route et avait un parfum assez proche.

 

Diva reprit la question qu’elle avait posée la veille à Muriel sur la scolarité de sa fille, c’était un élément qui la turlupinait et qu’elle avait du mal à admettre.

–        Hier soir Muriel nous a dit que sa fille n’allait pas à l’école et qu’elle suivait ses études à la maison. Pourquoi ce choix ?

–        Parce que l’école, ça n’était tout simplement pas possible.

–        Par principe ?

–        Pas du tout, mais Clara est trop décalée par rapport aux enfants de son âge.

–        Elle a un ou  deux ans d’avance sur les autres ?

–        Non, beaucoup plus que ça. Mais vous ne pouvez pas comprendre, vous n’avez pas discuté avec elle.

 

Muriel entra dans la cuisine pendant que Juliette terminait sa phrase.

Elle avait les traits tirés, le visage défait. Elle se dirigea vers le buffet sans mot dire, en sortit une tasse, se saisit de la cafetière, versa  dans sa tasse la totalité du breuvage restant,  et commença à boire en regardant dans le vague, l’œil absent. Je m’adressai à elle, espérant la faire réagir.

–        Hier, tu as exclu formellement la fugue. Tu connais ta fille, nous allons donc supposer que tu as raison. Mais tu dois savoir que souvent,  l’enfant est enlevé par celui des deux parents qui n’en a pas la garde. Où est son père ? Que peux-tu nous dire sur lui ? Peut-il être  impliqué  dans sa disparition ?  

Elle secoua la tête d’un air las.

–        Je croyais que tu avais compris. Nous nous sommes séparés avant la naissance de Clara, et je ne sais pas ce qu’il est devenu. De toute façon, il ne voulait pas d’enfant.

–        Tu crois qu’il aurait pu avoir envie de retrouver sa fille ?

–        Impossible. J’ai coupé les ponts avec tous les gens que je fréquentais à l’époque, et d’ailleurs il n’y en avait pas tant que ça. Non, il faut chercher ailleurs.

–        Dans ce cas, nous allons suivre la piste de ton frère, la coïncidence entre l’agression qu’il a subie et la disparition de Clara n’est sans doute pas un hasard. Avait-il un ordinateur ?

–        Oui, un ordinateur portable, qui doit être dans l’appartement où il loge avec Odile, à l’arrière de la maison.

–        Diva est une pro de l’informatique, elle va l’examiner.

Diva acquiesça, et ajouta :

–        Si c’est possible, j’aimerais examiner aussi l’ordinateur de Clara. J’ai cru comprendre qu’elle en avait un qu’elle utilisait souvent, il peut contenir des informations intéressantes.  Nous ne devons négliger aucune piste, si nous voulons mettre toutes les chances de notre côté, ajouta-t-elle en regardant Muriel, comme pour prévenir une objection possible de sa part.

 

Muriel accompagna Diva jusqu’aux ordinateurs. Celle-ci devait faire un première recherche rapide, en particulier dans les mails et les fichiers textes, mais dans certains cas, « rapide » pouvait signifier plusieurs heures de travail.

 

Pendant ce temps, je demandais conseil à Juliette : qui était susceptible,  dans le voisinage, de me donner quelques renseignements sur les activités de Clara et de Patrick depuis les dernières quarante huit heures ?

–        Peut-être les Pomard, à La Fabrègue. Tu ne dois pas les connaître, ils sont installés depuis seulement quatre ou cinq ans. Un jeune couple, ils ont une petite fille qui a deux ans de plus que Clara. Elles se voient parfois  pour jouer ou discuter, Manon est la copine dont je te parlais tout à l’heure. René a créé une petite entreprise de maçonnerie traditionnelle avec trois ouvriers. Tu ne le verras pas, à cette heure-ci il est déjà parti travailler. Mais Anaïs y sera peut-être, elle s’occupe du secrétariat de l’entreprise de son mari et elle est souvent à la maison.

–        Tu viens avec moi ? Tu me présenteras,  ça sera plus simple.

 

La Fabrègue, située à quelques centaines de mètres de la propriété de Muriel,  était un hameau constitué de trois maisons accolées qui formaient  un seul grand mas quelques  décennies plus tôt, qui s’était divisé au fil des héritages successifs. Le chemin d’accès, entouré de châtaigniers, avait été goudronné, ce qui était aussi inhabituel qu’appréciable  pour des coins aussi isolés qu’éloignés du village.

La petite Manon jouait devant la porte et entra dans la maison avec nous. Juliette me présenta à Anaïs Pomard comme le petit fils d’Élise, par ailleurs policier chargé de l’enquête. Elle omit de préciser que j’étais un enquêteur tout ce qu’il y a de plus officieux. Inutile de s’arrêter à une telle  broutille, qui ne pouvait intéresser que les juristes ! Bien sûr, la jeune femme, en blue-jean et pull bleu ciel, aux cheveux courts et au visage énergique, était  disposé à nous parler, comme elle l’avait fait la veille,  interrogée par les gendarmes.  Manifestant une bonne volonté touchante, elle était d’accord pour nous dire tout ce qu’elle savait. Seul problème : elle ne savait vraiment rien 

–        Même si nous sommes voisins, nous restons souvent des journées entières sans voir Juliette ou Patrick, et ces deux derniers jours, je n’ai même pas vu Clara.

Sa fille, qui ne perdait pas une miette de la discussion, réagit vivement.

–        Moi je l’ai vue, maman. Quand je suis revenue de l’école, lundi soir, elle était au bord de la route, au  carrefour du Moulin, et elle discutait avec un monsieur qui n’était pas d’ici.

Juliette se tourna vers moi et me jeta un coup d’œil dont je ne pus démêler s’il était inquiet ou triomphant,  peut-être un peu des deux... Quand les gendarmes étaient passés la veille au soir chez les Pomard, Manon était  à l’école et n’avait pas pu leur donner cette information. Sa mère était la première surprise.

–        Cet homme qui lui parlait, il avait une voiture ?

–        Noire, une grosse voiture, une Mercedes, qui était  garée au bord de la route.

–        Tu te souviens dans quel département elle était immatriculée ?

–        C’était une nouvelle plaque, mais le département était marqué, c’était le 34.  Comme tata Josette, ajouta la petite en se tournant vers sa mère.

–        Tu l’avais déjà vu au village, cet homme ?

–        Non, jamais.

–        Il ressemblait à quoi ? Tu pourrais nous le décrire ?

–        Il est très grand et costaud. Encore plus grand que vous, c’est presque un géant. Il a les cheveux très courts, pas le crâne rasé mais presque. C’est tout ce que j’ai pu voir, j’étais assez loin d’eux.

Juliette jeta un coup d’œil vers moi, et je vis dans son regard que  l’inquiétude était maintenant dominante. Je repris mes questions.

–        Manon, tu as eu le temps de voir repartir la voiture ? L’homme est-il reparti seul, ou bien avec Clara ?

–        Je sais pas, j’ai pris le chemin qui mène ici et ensuite je  les ai plus vus.  Je sais qu’ils discutaient beaucoup, c’était animé.

–        Elle est futée ta fille, et elle a un bon sens de l’observation, lança Juliette à Anaïs, qui sourit et approuva.

–        Vous allez la retrouver ? me demanda Manon avec une inquiétude manifeste dans la voix.

–        En tout cas, nous allons faire le maximum pour ça, tu peux me faire confiance.

 

J’étais préoccupé, en sortant de chez les Pomard. J’avais écarté comme non prioritaire la piste d’un maniaque sexuel, moins plausible dans un endroit où tout le monde connait tout le monde que dans une grande métropole, mais le témoignage de la fillette pouvait nous y ramener.

Les deux autres maisons du hameau ne nous donnèrent aucune nouvelle information. L’une des deux était inoccupée en dehors de l’été, et pour la deuxième, le couple de retraités qui y vivait n’avait rien vu, rien entendu, et n’avait rien à dire. 

 

Quelques minutes plus tard, nous étions de retour à La Coste. Muriel, dans le salon,  discutait avec Diva qui avait à la main une épaisse liasse de documents imprimés, que je supposai issus des deux ordinateurs.

 

Après le lycée, nous n’avions eu, Muriel et moi, que des contacts épisodiques, le plus souvent pendant les vacances d’été. Pourtant, les liens qui nous unissaient étaient assez forts pour traverser sans encombre les difficultés et les complications habituelles de la vie normale d’un adulte, difficultés dont nos vies n’avaient pas été exemptes. Pendant quelque temps, j’étais resté sans nouvelle d’elle, puis nous avions eu à nouveau des contacts téléphoniques,  assez irréguliers. Un peu plus tard, il nous était arrivé deux ou trois fois de prendre un repas ensemble à Montpellier, où elle habitait. Mais c’était à Salvagnac que nous nous étions retrouvés le plus fréquemment, chez Élise, devenue pour Muriel  une mère de substitution.  Quelques étés plus tôt,  c’est à Sauvagnac que nous avions fait le point sur nos expériences, nos évolutions et nos désirs de changement.

Tout était en train de basculer dans nos vies. Muriel venait de s’installer à La Coste avec sa fille, après avoir fui la maison paternelle pendant plusieurs années. Son père, avec lequel elle ne s’entendait pas, venait de mourir d’une rupture d’anévrisme. Dix ans plus tôt sa mère avait refait sa vie en Australie où elle avait épousé un éleveur de moutons. Elle semblait heureuse et ne souhaitait pas revenir en France. 

Muriel, qui malgré ses qualifications n’avait pas réussi à trouver un emploi stable, avait alors décidé de revenir chez elle pour y travailler. Elle avait en tête un projet de fabrication et de commercialisation d’huiles essentielles, et voulait m’en parler.

 

Nous avions eu quelques années plus tôt une passion commune pour la botanique,  qui pour moi s’était étiolée pendant le cours de mes études de philo alors qu’elle l’avait conservée intacte de son côté. Son idée était  de centrer son activité sur la gestion du stress par des massages avec des huiles issues de  variétés de plantes bien précises. Elle voulait utiliser la grande taille du mas pour y organiser des stages, en direction de personnes intéressées par les médecines parallèles et les soins par les plantes, ou de cadres d’entreprises qui souhaiteraient  à la fois se ressourcer et évacuer leur stress.

–        Remarque, lui avais-je dit en riant, tu ne prends pas de risque : quand tes cadres sup vont se retrouver dans cet endroit paumé, coupés de tout ce qui fait le sel de leur vie, leur stress va carrément s’évaporer comme neige au soleil !

–        Détrompe-toi, pour certains citadins, cet endroit peut être difficile à supporter ! D’autant plus que le réseau ne passe pas, ici : sans téléphone portable, tu imagines l’angoisse ? Non, s’il y a des résultats, crois-moi, ils viendront des huiles essentielles, et de rien d’autre.

–        Tes huiles, c’est vraiment efficace, ou c’est un effet placebo ?

–        Espèce d’incrédule, tu ne changeras jamais ! C’est un domaine étudié scientifiquement depuis longtemps. Je te donnerai les références des études cliniques qui ont été faites, si ça t’intéresse. Plusieurs plantes, dont certaines poussent ici, sont de formidables antistress naturels : la marjolaine, la camomille romaine et surtout le néroli, et encore je t’en cite trois, mais il y en a d’autres. Comme ces temps-ci tu me sembles  toi-même assez stressé, tu n’auras qu’à venir faire un test. Et puis, tu me feras un peu de pub auprès de tes collègues enseignants. Un métier stressant, à ce qu’on dit...

–        Sauf que je viens de quitter l’enseignement.  Ne compte plus sur la pub auprès de mes collègues.

–        C’est une blague ? Qu’est-ce qui te prends ?  La dernière fois qu’on s’est vu, tu me disais que ton boulot de plaisait !

–        Depuis, il s’est passé pas mal de choses dans ma vie.

 

Elle me regarda d’un air interrogateur. Je lui parlai alors d'Amélie. De la liaison que nous avions eue, puis de son suicide dont je me sentais – et dont j’étais – responsable. De l’impossibilité psychologique où je me trouvais de continuer à enseigner.

–        Comme elle a été mon élève, son image est toujours présente chaque fois que je me retrouve devant une classe. C’est au-dessus de mes forces. Tu me parles de stress, mais dans mon cas c’est plus que du stress, je suis intérieurement ravagé. Il faut que je change de travail, ça n’est plus possible.

–        Et tu envisages quoi ?

–        Je vais devenir flic, passer le concours pour devenir officier de police judiciaire.

Elle fut ébahie, incrédule, d’autant plus qu’elle avait dû  voir à ma tête que ça n’était pas une de mes blagues habituelles.

–        Mais pourquoi choisir le métier de flic parmi mille autres possibles ? De ta part, ça me parait invraisemblable !

–        C’est que tu me connais mal. Tu sais, j’y ai réfléchi, il y a plusieurs raisons à mon choix.

–        Je peux les connaître ?

 

J’avais éludé. Pas envie d’en parler. Je sentais trop ce que mon désir de devenir flic avait d’arbitraire et de fumeux, basé – comme souvent chez moi – sur des illusions anciennes dont je n’avais pas réussi à me débarrasser. Je me débrouillai pour la questionner à nouveau sur son projet. 

–        Tu ne risques pas d’avoir des soucis  avec l’ordre des médecins ? Finalement ce que tu proposes, c’est quand même des soins, d’une certaine façon, non ?

–        Pas vraiment, je me contente de me placer dans le secteur du bien-être. C’est un peu limite, mais  admis par l’administration, qui ne fait pas de difficulté pour l’instant. Je crois que ça peut marcher. Il me faudra quelques mois de mise en route, ensuite je compte beaucoup sur le bouche à oreille.

 

Je supposai qu’il lui faudrait pas mal d’argent pour lancer son affaire, et sachant que son père n’avait jamais roulé sur l’or, je lui demandai comment elle comptait financer son projet. Elle était restée évasive, se contentant de dire qu’elle emprunterait. Ça ne posera pas de problème avait-elle ajouté. 

Connaissant le mécanisme de fonctionnement des banques, j’avais été étonné de sa certitude.  Comment pouvait-elle être sûre de trouver les cent mille euros dont elle disait avoir besoin pour aménager la vieille ferme paternelle et lancer son projet sur de bonnes bases ? Nous nous étions quitté sans qu’elle m’ait donné de réponse claire. Mais d’après ce que je pouvais voir aujourd’hui, elle avait réussi : son projet avait pris corps, l’affaire semblait bien tourner.

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