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Publié par Jacques Teissier

violents_de_l_automne.jpgAvec Maurice Gouiran (l’Espagne de Franco puis l’Argentine des colonels) et André Fortin (la dictature grecque), une fois de plus les éditions Jigal nous proposent, avec les violents de l’automne de Philippe Georget, un polar ayant pour toile de fond un aspect de notre histoire contemporaine. Après le beau succès de son roman Le Paradoxe du cerf-volant, âpre polar noir qui faisait resurgir la guerre dans les Balkans et les années 1990 dans notre époque, Philippe Georget réitère le même procédé en changeant de période : il met en scène les derniers soubresauts de la guerre d’Algérie en nous concoctant une belle histoire de vengeance. En toile de fond : le départ douloureux des pieds-noirs vers la métropole, les meurtres sanglants et aveugles de l’O.A.S. puis la fuite des principaux responsables de cette organisation vers différents pays idéologiquement proches d’eux.

Différence important avec son précédent roman, plutôt orienté vers le « noir » : il s’agit ici d’une véritable histoire policière, où l’enquête est primordiale et dans laquelle les codes du polar classique sont parfaitement respectés.

L’histoire se déroule à Perpignan, un des hauts lieu d’installation des pieds-noirs en métropole. L’enquêteur est un jeune lieutenant, Gilles Sebag, passionné par son boulot, ayant assez de tact et de doigté pour maintenir une bonne cohésion dans son groupe, amoureux de sa femme Claire mais doutant de la fidélité de celle-ci, père d’une jeune ado... un type compétent et sympa, que la plupart des lecteurs aimeraient avoir comme copain dans la « vraie vie ».

Et voilà que l’assassinat d’un petit vieux tranquille, assorti de la signature « OAS », projette Sebag et son équipe dans un passé vieux de quelques décennies. Dans le même temps, sa fille Séverine vient de perdre son meilleur ami dans un banal accident de la circulation qui semble clair pour tous, mais pas pour elle. Son papa, qui ne peut rien lui refuser, lui promet de découvrir ce qui s’est réellement passé, même si, n’étant pas responsable de l’enquête, il doit marcher sur les plates-bandes d’un collègue plutôt teigneux. Les deux histoires sont entrelacées avec habileté et permettent au lecteur d’élargir ses centres d’intérêt en découvrant au détour de certaines rencontres différents aspects de la vie Catalane.

L’enquête sur la mort du retraité pourrait paraitre simple : visiblement il s’agit d’une vengeance. D’autant plus simple qu’un second meurtre est commis peu après, d’un autre ancien de l’OAS. En réalité, elle s’avère plus complexe que ce à quoi on pouvait s’attendre : vengeance, d’accord, mais de qui, et pourquoi ?

Pour résoudre le mystère, Sebag et son équipe font une plongée dans l’univers des associations de pieds-noirs Perpignanais pour tenter de comprendre les tenants et les aboutissants de l’histoire policière et de l’Histoire. Philippe Georget, via son héros, explore avec une grande empathie et un plaisir manifeste ce milieu pied-noir, avec ses traditions culinaires, son langage, ses blessures parfois encore ouvertes, sa solidarité, mais aussi ses conflits parfois vifs et ses oppositions politiques.

Symétriquement, et avec manifestement beaucoup moins de sympathie, l’auteur nous fait vivre les heures sombres et terribles de l’OAS, les attentats sanglants, les meurtres insensés. Bien sûr, la clé de l’histoire est là, mais elle n’est pas si évidente à découvrir pour le lecteur, et Sebag va mener son enquête avec méthode et discernement et nous conduire jusqu’au bout du mystère, avec un final digne des meilleurs westerns de Sergio Leone.

Les personnages sont tous très bien campés, que ce soit Albouker, le président de l’association pied-noir, aussi attachant que complexe et inattendu, Molina, le bras droit et ami de Sebag, le mystérieux meurtrier que nous découvrons peu à peu, mais dont les motivations n’éclatent que dans les derniers chapitres.

Mais le principal personnage du roman (Sebag mis à part) c’est incontestablement la Catalogne. Philippe Georget nous la fait découvrir de belle façon, sous de multiples facettes, et on comprend à la lecture du livre qu’une histoire policière qui se déroule dans cette région si particulière ne peut pas avoir la même « sonorité » qu’une histoire se déroulant à Paris ou à New York. Nous voyons bien ici, à la lecture de ce livre, comment la tonalité générale d’un roman est liée (outre au talent de l’auteur) au lieu dans lequel il s’inscrit, son histoire, sa géographie, ses traditions, sa culture.

Bien structuré, solidement documenté, écrit avec verve, les violents de l’automne a tout pour faire passer un très agréable moment de lecture aux lecteurs les plus exigeants.

 

 Cette chronique a également été publiée sur un polar-collectif

Les violents de l’automne
Philippe Georget
Editions Jigal
Collection Jigal Polar
344 pages
18,50 €

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