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Publié par Jacques Teissier

jour_des_morts.jpgJ’avais beaucoup aimé son premier roman  l’heure des fous, et je terminais ma chronique en indiquant que j’attendrais son second roman avec impatience. Le voici, un an plus tard, publié chez Marabout, tout comme le premier.


Nicolas Lebel a donc fait le choix de créer une série, avec des personnages récurrents d’enquêteurs, comme le font la plupart des auteurs de polars depuis Conan Doyle. Il aurait eu tort de s’en priver, car l’originalité de ses personnages était un des points forts de l’heure des fous, et je suis prêt à parier qu’il est encore loin le moment où le lecteur s’en lassera !


Nous retrouvons donc nos enquêteurs du commissariat du XIIe arrondissement de Paris : Mehrlicht, l’homme à la tête de grenouille, mais aussi le doyen des lieux, qui veut justifier ce statut par un rejet assumé des nouvelles technologies ainsi que par une vision datée de ce que doit être le statut professionnel des femmes ;  Dossantos, son collègue culturiste, capable de réciter par cœur le Code pénal et qui est par ailleurs adepte des solutions tranchées dans les situations difficiles ; Latour, toujours amoureuse de son sans-papier tchétchène qu’elle espère faire naturaliser ; quant au stagiaire Ménard, le souffre-douleur de Mehrlicht (qui aime bien bizuter ses stagiaires), il est remplacé dans cet épisode par Lagnac, un être doté d’une beauté physique insupportable, mais aussi « fils de... », ce qui le rend doublement antipathique à Mehrlicht. Le personnage de Lagnac est d’ailleurs particulièrement savoureux : Nicolas Lebel l’a vraiment gratiné aux petits oignons !


Notre fine équipe se retrouve avec une affaire de tueuse en série diabolique, rapidement surnommée « l’empoisonneuse » par les médias, dont certains n’hésitent pas à reprendre la fameuse phrase prononcée par Giquel au journal de TF1 en 1976 « la France a peur »... au moment où l’affaire Patrick Henry commençait.


L’enquête prend une tournure particulière quand on apprend que l’un des cadavres est celui du fils d’un héros de la résistance. Les enquêteurs vont suivre une piste à Mèlas-la-Noire, un minuscule village du Limousin, ce qui va nous donner à lire quelques scènes d’une grande drôlerie. Une drôlerie liée au décalage avec leur environnement naturel que vont vivre certains de ces indécrottables Parisiens   pur jus. Pour mettre dans l’ambiance, quand son patron lui demande de rejoindre Mèlas, Mehrlicht s’adresse à lui en ces termes :

« Patron, je quitte jamais Paris. C’est religieux. C’est karmique ! J’ai été en vacances en province une fois, j’ai été malade, j’ai failli mourir. Ça fait vingt ans. Mes vaccins sont toujours pas à jour... J’ai rien contre la province, je veux pas y aller, c’est tout ! Et puis il y a des animaux dans tous les coins, des chiens qui vous foncent dessus, des renards, des sangliers complètement tarés. Des vaches qui chient partout. Je suis pas préparé mentalement. C’est comme pour la lune, les astronautes, ils ont un entrainement de fous... »


Heureusement pour le lecteur, le patron en question ne cède pas : Mehrlicht partira bien à Mèlas avec son équipe, et y restera jusqu’à la fin du livre.


L’enquête va les amener à faire revivre le passé et plus particulièrement la brève période de la libération et de ses règlements de comptes. Ils sont sur les traces d’une jeune femme qui, au dire de tous les témoins, aurait une quarantaine d’années alors que les premiers meurtres ont été commis... voici plus de quarante ans ! Un petit mystère, fort plaisant à élucider...

 

Mais tout comme dans son premier roman, même si l’intrigue policière tient la route et constitue un élément de suspense attendu mais intéressant, le point fort de l’auteur reste toujours l’humour, un humour permanent et décalé qui, ajouté à l’originalité des personnages, rend la lecture réjouissante.

Quelques scènes émouvantes créent un contraste fort avec cette tonalité joyeuse du roman. Par exemple les liens qui unissent Mehrlicht à Jacques, son collègue et ami atteint d’un cancer du poumon, qui vit ses derniers jours dans un hôpital parisien. Mais là encore, émouvant ne rime pas avec larmoyant : les deux hommes, qui connaissent l’issue inéluctable et rapide de la maladie, préfèrent s’amuser avec l’idée de la camarde qui rôde et lui faire des pieds de nez, histoire de conjurer le sort. Mehrlicht, gros fumeur comme l’a été Jacques, n’hésite pas à lui proposer une cigarette quand il vient le voir, avant de faire des farces de collégien aux malades ou aux infirmières.

 

Le jour des morts est donc un livre à lire si vous êtes déprimé, d’ailleurs malgrè le resserrement des budgets, la ministre de la Santé ne va pas manquer de proposer son remboursement sur prescription médicale.

 

Et si la déprime ne vous atteint pas : tant pis pour vous, il ne vous reste plus qu’à l’acheter !

 

 

Le Jour des morts

Nicolas Lebel

Editeur :Marabout (21 mai 2014)

Collection :Marabooks

 384 pages ; 19,90 €

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