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Publié par Jacques Teissier

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Un complexe militaro-industriel est responsable de plusieurs dizaines de morts au Niger, dans la région du Sahel. Des hommes, femmes, enfants, vieillards, civils innocents, morts pour l’amour insensé du fric et du pouvoir que celui-ci procure. Fric et pouvoir : deux faces inséparablement jumelles, sécrétées par un système économique mondialisé, perverti par un libéralisme économique pour lequel l’argent est l’alpha et l’oméga des rapports humains, la valeur suprême désormais indépassable, sauf à tout mettre cul par-dessus tête.

 

L’histoire récente de l’humanité nous apprend que le pouvoir de l’argent, allié à celui des états les plus puissants de la planète, est une force contre laquelle il est difficile de lutter. Difficile, mais pas impossible, comme nous allons le voir dans ce roman : non pour supprimer cette alliance si naturelle et si efficace, mais au moins pour faire, parfois, exploser ses objectifs en plein vol en rendant publique une affaire parfaitement ignoble.

 

Œuvre d’imagination, naturellement, mais une imagination sous-tendue par une documentation sans faille, écrite par un ancien journaliste de presse écrite qui connait bien son sujet. Car c’est là le moteur principal de cette histoire : l’enquête sur ce crime est menée par deux journalistes, et c’est sa publication dans deux journaux papier (une vieillerie par les temps qui courent) qui va faire enfin éclater le scandale.

 

Une ode au journalisme d’investigation ? Sans doute, en partie. Et c’est d’autant plus rafraichissant que ce type de journalisme dans la presse papier est mis en cause, aussi bien par le rouleau compresseur du numérique que par un pouvoir économique qui est le détenteur de 90 % de celle-ci et qui, tout naturellement, n’entend pas voir ses intérêts bien compris combattus par quelques plumitifs.

 

Nos deux journalistes enquêteurs sont britanniques pour l’un, français pour l’autre. Ce qui tombe bien, puisque l’affaire sur laquelle ils vont travailler va toucher une partie de l’armée ainsi que certains responsables politiques, mais aussi des financiers, de ces deux pays. Originalité du roman : nous savons dès les premières pages que l’enquête va porter ses fruits et qu’elle a fait grand bruit, puisque Julian Strummer et Pierre Moince sont attendus à New York pour y recevoir le prix Pulitzer.

 

Une histoire d’amour difficile entre Julian et Ashlee, secrétaire de rédaction dans le Bristol Morning News, va être le déclencheur de l’aventure. C’est en partant en Équateur pour oublier la belle que Julian va rencontrer un ancien des forces spéciales britanniques qui va le mettre sur la piste de « l’affaire ». Celle-ci semble concerner aussi des soldats français, ce qui permettra à Pierre Moince de faire sa part du travail en France et au Niger.

 

Si l’enquête, menée pendant plusieurs mois, est bien le cœur de l’histoire, celle-ci est également rythmée par la difficile relation amoureuse de Julian et Ashlee, une relation qui est tout sauf mièvre, et qui va permettre à l’auteur de jouer sur le contraste entre cette histoire très noire et les sentiments personnels du personnage principal.

 

L’autre aspect intéressant du roman porte sur le parallèle que ne manque pas de faire le lecteur entre une enquête policière classique et une investigation journalistique. Des points communs, certes, mais aussi pas mal de différences, bien cernées par l’auteur.

 

Efficace, écrit avec un style alerte, vif, sans temps mort, ce premier roman de Bruno Jacquin qui oscille entre polar, suspense et roman noir, est tout à la fois une critique politique des aspects les plus déplaisants nos sociétés contemporaines et une description « de l’intérieur » du travail d’un journaliste d’investigation. Une lecture plaisante, une intrigue bien ficelée, un personnage principal bien campé... il devrait satisfaire de nombreux lecteurs de polars (pris au sens large du mot, bien sûr).


A propos de ce roman, lire également  la chronique de Paul

et celle de Claude Le Nocher sur Action-Suspense.


 

Le jardin des puissants
Bruno Jacquin
Éditions les 2 encres
Collection sang d’encre
262 pages ; 19 €

 

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