Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Jacques Teissier

grisham_la_loi_du_plus_faible.jpgCe roman n’est pas une nouveauté puisqu’il  a été publié pour la première fois en  France il y a plus de dix ans. Je le découvre donc avec beaucoup de retard, alors que pourtant Grisham est un de mes auteurs préféré : après ma découverte de cet auteur avec le grandiose l’affaire Pélican, j’ai ensuite lu  l’accusé, la confession, le contrat et surtout la firme et je n’ai jamais été déçu. Il faut dire que Grisham a un sens du suspense peu commun. Tout comme le fait Guy Bedos dans son sketch sur l’humour et l’annuaire, il serait capable de nous faire frémir avec un scénario tiré de l’annuaire téléphonique !

 

Je n’ai pas été déçu avec la loi du plus faible, dans lequel il se montre à la hauteur de sa réputation. Pourtant,  la trame du livre peut paraître mince si l’on se contente de la raconter en occultant ce qui fait la substance et la chair du livre, son écriture.

 

Jugez-en : Michael Brock, un jeune avocat ambitieux,  travaille pour le prestigieux cabinet Drake & Sweeney, dont il est l’un des fleurons et dans lequel il a visiblement  un grand avenir. Tout va bien pour lui…en  apparence !

 

 En réalité son couple se déglingue, sa femme Claire est tout autant préoccupée par son travail de médecin qu’il l’est par son boulot d’avocats, ils n’ont plus guère de temps pour se parler, à peine pour se voir.

Sa vie va basculer le jour où un SDF  bardé de dynamite pénètre dans l’immeuble luxueux de Drake & Sweeney pour y perpétrer une prise d’otages. Que veut-il au juste, ce SDF ?

 

Les avocats pris en otage n’ont pas le temps de la savoir : il est abattu par la police et son sang gicle sur Michael Brock. C’est suffisant pour que ce dernier, choqué, se décide à prendre contact avec des bénévoles s’occupant des SDF dans la ville de Washington. Il cherche à  comprendre les raisons qui ont poussé le preneur d’otages à ce geste de désespoir, et il va les trouver. Michael va découvrir que sa société est responsable d’expulsions illégales. L’une de ces expulsions a provoqué la mort d’une jeune femme et de ses enfants, et cette découverte va faire basculer sa vie. Il va  changer de camp, s’opposer à la direction de sa société – devenue son ex-société – pour faire triompher la « loi du plus faible » et obliger Drake & Sweeney, à payer au prix fort ses pratiques criminelles.

 

Le moment précis où Michael bascule dans le camp des « plus faibles » est sans doute le passage le moins réussi du livre. L’histoire aurait gagné en crédibilité si John Grisham avait insisté sur les raisons qui pouvaient inciter le jeune et brillant avocat à passer « de l’autre côté du miroir » doré de sa société d’opulence, pour entrer dans le monde de la pauvreté extrême. Ce basculement existentiel, point de départ du roman, est trop rapidement expédié pour être convaincant.

 

Cette faiblesse oubliée, il reste une histoire bien racontée, bien menée, des personnages campés avec talent. Grisham sait, en quelques mots, poser un personnage : « Abraham est entré. Un petit bonhomme tout en nerfs d’une quarantaine d’années ; on reconnaissait d’emblée un avocat ayant à cœur le bien public. Juif, barbe noire et lunettes à monture d’écaille, blazer froissé, pantalon tire-bouchonné et chaussures crasseuses ; il était baigné de l’aura de ceux qui essaient de sauver le monde. »

 

Le cœur du roman et son intérêt principal se situent  dans l’opposition, magistralement décrite, entre le monde de la misère et celui de la plus extrême richesse. Deux mondes qui se côtoient sans jamais se rencontrer, chacun des deux étant consubstantiel à l’autre, chacun d’eux ne pouvant exister sans l’autre. Le choc éprouvé par Michael, devenu l’avocat des sans-abri, lors de sa découverte de ceux qui n’ont rien, est succulent de justesse et de vérité. Sans avoir l’air d’y toucher, Grisham aborde la question de la réponse à apporter à la misère : réponse individuelle (charité) ou collective (prise en charge par la société). Sans doute, le point du vue américain sur cette question diffère-t-il sensiblement du nôtre, mais c’est une problématique qui soulève chez le lecteur français des échos qui sont toujours d’actualité.

Bien sûr, il ne faut pas attendre de ce roman une analyse politique radicale des causes de la misère, ou une remise en cause globale d’une société dont la structure  sécrète de si effarantes disparités. Il ne s’agit que d’un thriller, et il ne prétend à rien d’autre. Mais c’est, incontestablement un bon thriller, dans lequel l’intérêt du lecteur ne faiblit jamais.

Malgré la faiblesse évoquée plus haut, vous serez pris par l’écriture et la maîtrise de l’auteur et vous aurez du mal à vous  détacher de l’histoire, comme des personnages.

 

Présentation de l'éditeur :


Il avait toutes les cartes en main pour devenir l'un de ces riches associés sans états d'âme qui font prospérer les gros cabinets juridiques de Washington. Une prise d'otages commise par un S.D.F désespéré va totalement bouleverser sa vie... Le mettre face à la réalité de ces milliers d'exclus que personne n'écoute. Faire voler en éclats son existence de jeune avocat d'affaires ambitieux et talentueux. Et l'entraîner dans un bras de fer à hauts risques contre son ancien employeur afin que triomphe une certaine idée de la justice : la défense du plus faible.
 

Commenter cet article

Jacques 07/07/2012 19:27


Paul, c'est sûr que tu dois être un des cinq chroniqueurs français qui connait le mieux le  polar francophone. A côté de toi, je suis ignare ! Il est vrai que j'ai commencé tard, il y a dix
ans environ.


Cela dit, si tu as l'occasion de lire un Grisham, ça devrait te plaire. Il sait fabriquer un roman à suspense, un très bon artisan. L'affaire Pélican est sans doute son meilleur bouquin.

Oncle Paul 07/07/2012 18:39


Bonsoir Jacques


Oserais-je avouer que je n'ai jamais lu John Grisham ? A ma décharge, je fus longtemps un lecteur fidèle de la Série Noire et du Masque et que mes préférences vont surtout aux écrivains français
ou francophones. Est-ce rédhibitoire ?


Amitiés