Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Jacques Teissier

la fauteUn thriller psychologique sur les différences sociales et les faux-semblants.

 

Ce  roman britannique et féminin, traduit de l’anglais par Florianne Vidal et publié par le cherche midi, est un premier roman qui fait partie de l’abondante série des thrillers psychologiques, si prisés des Anglo-saxons. Le thème – la disparition d’un enfant de treize ans – n’a évidemment rien d’original. Il a été abordé par de nombreux auteurs, dont beaucoup sont de tout premier plan, depuis Mystic River de Dennis Lehanne, en passant par Une chance de trop d’Harlan Coben, Un étranger dans la maison de Patricia McDonald ou encore La maison des miroirs de John Connolly... et tant d’autres. Un grand classique, qui fonctionne toujours quand l’écriture et l’intrigue sont au rendez-vous, puisque nombreux sont les lecteurs qui sont où seront les parents d’une fille et qui vivent avec l’angoisse que celle-ci soit un jour enlevée par un détraqué. Ici, le fait que quelques jours précédents la disparition de Lucinda une autre adolescente du même âge ait été enlevée, puis retrouvée droguée, hagarde et violée, accentue l'inquiétude de Lisa et de la communauté et crée l’effet de suspense recherché.

 

Ce n’est pas la fille de Lisa Kallisto, la narratrice, qui est concernée, mais celle de Kate Riverty, sa meilleure amie. Le problème c’est que Lisa va se considérer comme responsable, puisqu’elle devait accueillir chez elle la petite Lucinda et que celle-ci disparait mystérieusement ce jour-là. Pire encore : par un malheureux concours de circonstances, Lisa a complètement oublié que Lucinda devait venir et ne prévient pas sa mère de sa disparition. La faute de Lisa est là, et c’est ce sentiment de culpabilité qui va la pousser à tenter de retrouver Lucinda en menant sa propre recherche en parallèle avec celle de la police. Une recherche qui  aboutit à une révélation surprenante, pour elle comme pour le lecteur. En tout cas, ce fut le cas pour moi : j’avoue n’avoir rien vu venir avant les cinquante dernières pages, au moment ou un indice ténu a été distillé par l’auteur !

 

Paula Daly a particulièrement soigné la psychologie de ses personnages, et tout particulièrement celle de la narratrice, jeune femme débordée par ses activités de mère, d’épouse et de responsable d’un refuge pour animaux, toujours sur les nerfs : « J’ai parfois l’impression de participer à une vaste étude sociologique. Je me dis qu’un savant fou a décidé de prendre pour sujet d’expérience la totalité de la gent féminine peuplant le monde occidental : d’abord on les éduque, ensuite on leur donne un boulot intéressant et enfin, on regarde ce qui arrive quand elles se reproduisent. Parce que c’est à ce moment-là que tout explose ! »

 

Même si son couple fonctionne plutôt bien (son mari, chauffeur de taxi, est attentionné et toujours amoureux) et si ses enfants ne sont pas anormalement chiants, elle se sent nulle quand elle se compare à Kate, son amie, qui lui semble être la femme parfaite. Entre elles deux, il y a une différence de classe sociale qui pourrait être un obstacle à leur relation, car Kate est une femme au foyer qui n’a pas besoin de travailler pour avoir une vie confortable et agréable. Séduisante, elle est toujours débordante d’énergie, a des activités bénévoles nombreuses qui la rendent indispensable à la communauté de parents d’élèves à laquelle elle appartient avec Lisa. Ces différences sociales et les répercussions sur leurs modes de vie respectifs sont un des thèmes intéressants du livre. La description de la seule et unique soirée que les Kallisto ont passée chez les Reverty (malgré l’amitié des deux jeunes femmes, ils n’ont plus été réinvités ensuite) est particulièrement croustillante...

 

La fin du roman est à la hauteur de notre attente, avec un coup de théâtre qui nous montre après coup que, dans les livres comme dans la vie, certains ne sont pas ce qu’ils semblent être et que nous, lecteurs, devrions y penser davantage si nous ne voulons pas être piégés par le machiavélisme de l’auteur.

 

Un roman accrocheur, sympathique et attachant, qui devrait rencontrer son public en France, après l’avoir trouvé en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Une nouvelle voix du suspense est née.

 

 

 

La faute

de Paula Daly (6 mars 2014)

Traduction de Florianne Vidal

Éditions Le cherche midi

384 pages ; 20 €

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article