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Publié par Jacques Teissier

 

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Photo : © Isabelle Boccon-Gibod

Ce questionnaire a été établi par Liliba et par moi-même, après que nous ayons, chacun de notre côté, chroniqué Beau Parleur sur Un polar-Collectif. La traduction a été assurée par la traductrice de Beau Barleur : Julie Sibony, que nous remercions chaleureusement pour son travail.

Merci aussi à Carla Briner, des éditions des Deux Terres pour nous avoir permis ce contact avec Jesse Kellerman.

 

 

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Jacques. Tout d’abord, merci Jesse d’avoir accepté de répondre à nos questions à l’occasion de la sortie en France de votre roman Beau parleur.


Jesse Kellerman. C’est moi qui vous remercie.


Jacques. Comment vous présenteriez-vous aux lecteurs français qui ne vous connaitraient pas encore et qui vont découvrir votre univers romanesque ?


Jesse Kellerman Mon but est d’écrire le genre de livres que j’aime lire. En tant que lecteur, je m’intéresse aux romans qui explorent les frontières entre la fiction littéraire et commerciale. Je veux une bonne histoire, et je veux que cette histoire me soit racontée d’une façon nouvelle et excitante, avec une langue neuve. J’ai aussi un penchant pour le bizarre et le noir, et un sens de l’humour assez épouvantable : ma réaction instinctive à l’horreur est d’abord d’en rire. C’est peut-être pour cette raison que j’ai rencontré plus de succès en Europe qu’aux États-Unis, où tout le monde s’attend à un happy end.


Jacques. En trois romans vous avez acquis une grande notoriété en France ou vous êtes considéré comme un des auteurs de polars/suspense contemporains les plus prometteurs. Vous attendiez-vous à un tel succès quand vous avez commencé l’écriture romanesque ?


Jesse Kellerman. J’ai commencé à dicter des histoires à mon père très jeune ; à l’âge de deux ans, avant de savoir écrire moi-même. Très clairement, j’obéissais à un instinct et non à un but défini (je doute qu’aucun enfant de deux ans réfléchisse à sa future carrière). C’est un instinct que j’ai continué à suivre depuis maintenant trente-deux ans, et c’est presque par accident que j’ai fini par en faire mon métier. Ce que je veux dire, c’est que la pulsion d’écrire, de raconter des histoires, précède le désir d’être publié, ou en tout cas le devrait.

Pendant de très nombreuses années, j’ai écrit sans être publié, sans aucune attention si ce n’est de ma famille, sans autre gratification qu’une satisfaction personnelle. Alors, même si j’étais relativement jeune selon les normes habituelles quand j’ai vendu mon premier roman, en fait ça faisait déjà plus de vingt ans qu’on me disait non. J’avais un métier respectable en ligne de mire (je voulais faire des études de droit) et j’imaginais mon avenir comme celui d’un homme ordinaire dans un bureau, avec un hobby à côté. Ainsi en avait-il été de mon père, psychologue de profession, pendant quinze ans (et de Kafka toute sa vie !). Le fait que les choses aient tourné différemment pour moi est encore difficile à comprendre. D’ailleurs je ne tiens pas non plus ma chance pour acquise. À tout moment je m’attends à échouer et à devoir retrouver un boulot plus conventionnel. C’est pour ça que j’écris avec un sentiment d’urgence désespérée et de panique, en essayant juste de tenir pendant encore un livre.

Quand on écrit en étant convaincu de son succès, c’est ou bien qu’on se berce d’illusions, ou qu’on se prend pour je ne sais qui.


Jacques. Vos parents, Faye et Jonathan, sont des auteurs internationalement reconnus. Quelle a été leur influence sur votre choix de devenir romancier ? En avez-vous discuté avec eux ? Votre vocation était-elle ancienne, évidente, naturelle ?


Jesse Kellerman. (Voir aussi plus haut). Mes parents ne m’ont jamais ouvertement poussé à faire quoi que ce soit. Vraiment, c’est la vérité. Difficile à croire à notre époque, où les parents (en tout cas occidentaux) commencent à programmer leurs enfants dès qu’ils sortent du ventre. Évidemment, la marque de mes parents sur moi est indélébile, comme de n’importe quel parent sur n’importe quel enfant. C’est eux qui ont forgé mon sens moral, qui m’ont éduqué dans bien des domaines, petits ou grands. Chaque famille a son propre langage. Dans d’autres familles, ça peut être les mathématiques ou la politique. Chez nous, c’étaient les histoires et les personnages.

En ce qui concerne l’art de l’écriture, les leçons les plus marquantes que j’ai apprises d’eux ne m’ont pas été transmises explicitement, mais par l’exemple, et elles avaient plus à voir avec le dévouement quotidien qu’il faut pour être un écrivain professionnel qu’avec des considérations esthétiques. Écrire tous les jours, même si vous n’êtes pas d’humeur. Faire un premier jet, remanier, persévérer, remanier encore.


Liliba. Je ne sais pas ce qu’il en est aux Etats-Unis, mais en France, le mot « thriller » est très vendeur, accrocheur même. Cependant un peu réducteur à mon avis pour vos romans qui sont bien plus que cela, de la vraie littérature à mon goût, même s’il s’y mêle une part de suspense… Qu’en pensez-vous ?


Jesse Kellerman. Je n’aurais pas l’arrogance de me considérer comme un écrivain à part, ni la bêtise de vouloir me substituer aux spécialistes du marketing. Je me contenterai de dire que je ne me sens à ma place ni dans la sphère purement littéraire ni dans la littérature de genre, et que l’un de mes objectifs artistiques (si tant est que j’en aie un) serait d’abattre le mur qui sépare les deux.

 

Jacques. Dans Les Visages, vous nous montriez le monde secret et fermé des amateurs d’Art contemporain, dans Jusqu’à la folie, vous avez choisi comme toile de fond de votre histoire la vie d’un hôpital newyorkais, dans Beau parleur vous nous faites découvrir le milieu universitaire d’Harvard… Comment choisissez-vous la toile de fond de vos romans ?

 

Jesse Kellerman. Ma femme est médecin ; j’ai fait Harvard ; je suis un grand amateur d’art. Cela dit, c’est un peu trop simple. Plus souvent, je commence par le thème ou le noyau de l’histoire et je construis le reste à partir de là : le personnage principal m’inspire ensuite le cadre, parce que tout personnage a besoin d’un milieu, d’une profession, d’un passé, etc. Dans le cas de Beau parleur, par exemple, je voulais écrire sur un homme par nature incapable d’agir mais qui est finalement forcé d’agir de façon radicale. Le monde d’un philosophe est entièrement immergé dans les livres et les mots, alors ça m’a paru le bon milieu pour y plonger Joseph Geist. Pour Les visages, j’ai été inspiré par une œuvre particulière de l’artiste américain Henry Darger, qui peignait des scènes violentes et belles d’enfants à la guerre. Je me suis posé la question : et si je contemplais un tableau et que j’y reconnaissais un visage ? Le monde de l’art m’a semblé le contexte évident dans lequel situer l’histoire.

Je voudrais souligner que, même si mes livres sont des romans policiers, j’écris rarement du point de vue des forces de l’ordre (ça m’arrive parfois, mais ce ne sont jamais les personnages principaux, et presque toujours des gens un peu loufoques). C’est parce que je veux pouvoir explorer un nouvel univers à chaque livre. Sortir un polar du commissariat est une façon de regarder les stéréotypes traditionnels sous un nouvel angle. L’effet peut être saisissant.

 

Liliba. Dans Jusqu’à la folie, votre personnage principal, tout comme le Joseph de Beau parleur, n’était pas vraiment sympathique. Pourquoi ne pas créer des héros sympathiques ? Cela dit, votre talent fait qu’on a malgré tout terriblement envie de savoir ce qui va leur arriver, donc peut-être que cette question n’a pas de raison d’être ;-)

 

Jesse Kellerman. Il y a une vérité communément admise dans l’édition selon laquelle votre héros doit être sympathique et qu’on puisse s’y identifier. Je déteste cette idée. Je la trouve lamentablement réductrice et à côté de la plaque. Certains des personnages les plus fascinants de la littérature sont parfaitement déplaisants, voire repoussants. Humbert Humbert, Anna Karénine, Madame Bovary, Meursault… Pour ma part, je me suis donné pour mission de créer des personnages qui soient complexes, complets, et souvent exécrables. C’est ce qui les rend vrais. Les vrais gens ont des côtés exécrables. Moi, en tout cas, c’est sûr.

Mais il est intéressant de noter (fascinant, même) que tout le monde ne trouve pas Joseph antipathique. Un certain nombre de lecteurs m’ont dit qu’ils le trouvaient pitoyable et tragique. Bien sûr, le jugement qu’on a de lui dépend beaucoup de savoir si l’on considère son comportement comme le produit de ses choix ou l’expression du destin. C’est l’une des questions au cœur du livre, et pour cette raison il me semble qu’il doit être comme il est, avec tous ses défauts. Il nous oblige à le regarder et à le juger ; ce jugement nous révèle alors quelque chose de nous-mêmes.

 

Jacques. Comment est née l’idée de ce personnage philosophe de Joseph Geist ?

 

Jesse Kellerman. J’y ai déjà un peu répondu en expliquant pourquoi j’avais décidé de faire de lui un philosophe. J’ajouterais que son parcours (ou du moins le parcours qu’il choisit de nous faire partager) le rend particulièrement apte à susciter un débat sur le fait que son effondrement moral soit ou non de sa faute. Qu’est-ce qui est lui ? Qu’est-ce que l’éducation ? Qu’est-ce que le destin ? Joseph est un cobaye parfait pour explorer toutes ces questions.
Plus concrètement, j’avais un ami à Cambridge qui a vécu plusieurs années en louant une chambre dans une vieille maison avec une vieille dame. Leur relation était en vérité très douce et très belle, mais quelque part dans les méandres de mon cerveau je l’ai transfigurée en quelque chose de pervers et de symbiotique.

 

Liliba. Le chapitre dans lequel Joseph relate ce qu’il a commis dénote de tout le reste du roman puisqu’au lieu de parler en « je », il interpelle le lecteur : « vous », et cela de manière très forte puisque le « vous » est répété de nombreuses fois. Pourquoi cette distanciation ? Est-ce que les émotions sont trop fortes pour que Joseph les assume en continuant à narrer les évènements en son propre nom ?

 

Jesse Kellerman. Ah, c’est une excellente question. Je vous dirai que j’ai d’abord écrit ce chapitre dans le même style que le reste du livre, à la première personne. Mais ça ne collait pas. J’ai commencé à tester la deuxième personne, et j’ai découvert en relisant mes propres mots que je me sentais impliqué, coupable et très mal à l’aise. Avec la deuxième personne, le lecteur se retrouve entraîné de force dans l’histoire et donc obligé de se demander s’il aurait fait pareil. Si vous étiez seul, paniqué et frigorifié, que feriez-vous ? Feriez-vous mieux ? Pour ma part, j’aime à penser que oui, mais je ne peux pas le garantir. Et j’en suis encore moins sûr à présent, après avoir écrit ce chapitre.

Quant à savoir si c’est Joseph qui souhaite créer cette tension chez le lecteur, ou moi, l’auteur, je ne vous le dirai pas.

 

Jacques. Joseph termine sa vie en prison et il finit par trouver sa place dans celle-ci, bien mieux que dans le monde où il vivait « avant ». La prison peut-elle être, pour certains individus, une protection contre le monde extérieur ?

 

Jesse Kellerman. C’est très difficile à dire. Protection… C’est un mot délicat. Je dirais qu’à mon avis, certaines personnes ont du mal à vivre dans la société conventionnelle. Mais on s’aventure en terrain glissant, là. Je ne veux pas ouvrir un débat sur la prison ou l’internement forcé… Je n’ai pas le courage d’aborder ça maintenant, c’est trop de pression. Joker !

 

Liliba.: Prendre son temps, laisser le lecteur s’imprégner des décors et des sentiments des protagonistes, poser les caractères, une marque de fabrique ?

 

Jesse Kellerman. J’aime laisser une histoire s’amonceler comme un orage au loin. Ça demande un peu plus de patience et de confiance de la part du lecteur, parce que dans mes romans vous n’allez pas forcément avoir un feu d’artifice dès la première page. Mais à mes yeux l’impact du crime est beaucoup plus fort quand on a eu le temps de faire connaissance avec les personnages dans leur vie quotidienne. En particulier, l’effet de la violence physique (qui est presque toujours au cœur d’un roman policier) devient bien plus choquant et effrayant.

Beaucoup de polars – et là c’est vraiment la faute d’Hollywood, où les méchants se font descendre et s’évaporent comme les personnages d’un jeu vidéo – traitent la violence comme quelque chose de rapide et facile, alors qu’en vérité le moindre épisode de violence est, pour une personne normale, absolument terrifiant et psychologiquement destructeur. Un jour je me suis fait agresser dans un bus. Un homme assis derrière moi s’est penché en avant et s’est mis à m’étrangler. Je m’en suis sorti indemne, sans rien de grave. Mais les répercussions de ces dix secondes-là ont duré des semaines et des semaines.

Dans la première saison d’une de mes séries préférées, The Wire (Sur écoute), un personnage se fait tirer dessus lors d’une intervention. Ce qu’il y a de brillant dans cette série, c’est qu’elle passe réellement du temps à nous montrer les suites de cette blessure : on voit la victime boitiller sur un déambulateur pour faire sa rééducation, l’indignation extrême de ses collègues, etc. Se faire tirer dessus n’est pas une mince affaire. Un meurtre est une affaire colossale. Même une gifle n’est pas rien. Il est important, à mon avis, de prendre pleinement conscience de l’univers du personnage pour vraiment apprécier les effets de la violence. Plus vous avez passé de temps avec un personnage avant cet instant crucial, plus vous l’avez compris et vous êtes investi en lui, plus vous allez ressentir la véritable horreur d’un acte de violence physique.

 

Liliba. Une constante également dans les personnages : leur capacité d’autodérision. Une qualité que vous possédez ?

 

Jesse Kellerman. Nan, je suis complètement narcissique.

 

Liliba. Trois remarques soulevées par le blogueur Daniel Fattore : Alma est une vieille dame assez extraordinaire. Mais il semble que son passé soit un peu trouble. Vous suggérez un passé nazi et y revenez rapidement à la fin du roman, mais cette piste semble non exploitée...Pourquoi ?

 

Jesse Kellerman. Alma était une jeune femme pendant la guerre, et bien qu’elle-même ne soit jamais directement identifiée comme nazie, son père oui (du moins à ce que dit Eric). Je ne voulais pas entrer trop en détail dans la guerre, parce que si vous faites ça, vous ne vous en sortez plus, ça devient un livre sur la guerre. Je pense aussi que lorsqu’un écrivain juif (et je suis un écrivain juif, même si mes livres ne sont pas – jusque-là – explicitement imprégnés de judaïsme) évoque le nazisme, il prend le risque d’introduire des éléments narratifs et émotionnels qui n’ont pas forcément de rapport avec l’histoire. Je veux dire qu’un écrivain juif parlant de l’holocauste a forcément quelque chose à dire, ou en tout cas devrait. Il ne doit pas s’en servir comme d’une métaphore facile du mal.

Cela étant, comme c’est un livre sur le destin, la famille et le choix, j’ai cherché à créer des résonnances similaires dans le passé de tous les personnages. On comprend que l’argent d’Alma est sale, et de la pire des façons imaginables. Il est frappé de malédiction. Bien sûr, une personne aussi rationnelle que Joseph ne croirait jamais à un truc pareil. Mais il y a beaucoup de choses qu’il échoue à comprendre, et à la fin sa chute est due à son appât du lucre pour cette montagne de fric révoltante et faustienne.

 

Liliba. De même, vous appâtez le lecteur avec quelques scènes amusantes et affriolantes (les trois locataires), mais le laissez sur sa faim… Pourquoi avoir abandonné ces personnages qui auraient pu prendre part à l’histoire d’une façon peut-être amusante ?

 

Jesse Kellerman. Un des plaisirs majeurs de la fiction est qu’elle me permet de faire des digressions et ce genre de petit numéro de claquettes sur le bord de la scène avant de revenir à mes moutons. J’essaye quand même que ça reste toujours un minimum pertinent, de les utiliser pour éclairer quelque chose chez les personnages principaux ou les thèmes du livre. Les trois colocataires de Joseph, par exemple, illustrent à quel point il est en décalage par rapport aux gens de son âge, et donc le rapprochent encore un peu plus d’Alma.

En tout cas, si ce sont les numéros de claquettes qui vous amusent, mon prochain roman, Bestseller, devrait vous ravir (voir plus bas).

 

Liliba. Libre arbitre et liberté. Quelle est votre opinion sur ce sujet ? (vaste !). Chaque personnage du roman semble en effet lié à un autre (je cite Daniel) «personne n'agit vraiment comme il le souhaite. Du point de vue le plus léger, Alma est sous la coupe d'Eric, son parasite de neveu. Plus gênant quoique ponctuel, Yasmina, l'ex-copine de Joseph, devient folle en préparant un mariage dont elle ne sait pas si elle en veut vraiment et croule sous les pressions familiales; quant à Joseph, embarqué dans une affaire qui le dépasse, il est condamné à réfléchir et à décider à (très) court terme - et c'est son histoire qui conduit le lecteur. Quant à ses parents, enfin, eux aussi se sont mariés sans vraiment le vouloir... ».

 

Jesse Kellerman. Oui, c’est une vaste question à laquelle il est impossible de répondre, et j’ai écrit ce livre pour me mettre aux prises avec elle parce que je la trouve obsédante. Je crois que mon opinion sur le sujet varie comme ça m’arrange. C’est-à-dire que, quand je suis dans une phase de réussite, heureux, je me sens maître de ma vie et j’attribue ma condition à ma propre volonté. Mais il y a quelque chose d’extrêmement réconfortant, n’est-ce pas, à renoncer à ce contrôle. À pouvoir se dire qu’en fait on n’a pas le choix, que notre processus de prise de décision est une illusion de la biologie et de la physique. Quel soulagement, surtout lorsqu’on se sent débordé et pas à la hauteur. Quand je me sens jaloux d’autres écrivains, quand je suis frustré ou angoissé par le fait que la durée de mon passage sur terre s’amenuise, je me rappelle qu’au fond je ne suis guère plus qu’un sac d’eau, qui disparaîtra de ce monde sans que – presque – personne ne s’en rende compte. J’ai un ami qui aime à répéter : « Souviens-toi : tu as beau te trouver nul ou formidable, il y a un milliard de Chinois qui s’en tapent complètement. » Et une autre citation, cette fois de Nabokov : « Le berceau balance au-dessus d’un abîme, et le sens commun nous apprend que notre existence n’est que la brève lumière d’une fente entre deux éternités de ténèbres. »

La vraie question pour moi, c’est : qu’est-ce que je vais dire à mes enfants ? Vais-je leur offrir l’image d’un homme assuré dans ses choix, ou bien rongé de doute, ou bien encore passif, ballotté au gré de forces qui lui échappent ? Qu’est-ce qui est plus sain pour eux ? La vérité ? Un mensonge ? L’ambigüité ? Je n’en ai aucune idée. Ce sera un miracle s’ils finissent normaux.

 

Liliba. Pouvez-vous nous dire quand sortira votre prochain roman, et quel en sera le thème ?

 

Jesse Kellerman. Il aura pour titre Bestseller et sortira en France en octobre 2013.

Arthur Pfefferkorn est un écrivain raté. Son meilleur ami depuis quarante ans, William de Nerval (!), est quant à lui un auteur de polars immensément populaire. Pour ne rien arranger, William a épousé la femme dont ils étaient tous les deux amoureux. Le livre commence alors que William vient de mourir dans un accident de bateau et que Pfefferkorn se rend à son enterrement. Là, il retrouve sa veuve qui l’invite à passer la soirée chez elle. Errant dans la maison la nuit, il tombe sur un manuscrit inédit dans un tiroir et il ne peut s’empêcher de le voler pour le publier sous son nom. C’est un énorme best-seller. Mais alors les choses partent dans une spirale infernale qu’il me serait impossible de résumer ici. Je vous garantis que vous ne pourrez pas soupçonner ce qui arrive ensuite.

Je suis très impatient que ce livre sorte en France. Je pense qu’il y rencontrera un très grand public. C’est à la fois un polar et une parodie de polar, qui ne ressemble à rien de ce que j’ai pu faire avant. Ce qui m’enchante le plus, c’est de frôler sans cesse la catastrophe (et de reculer aussitôt), et je crois que ce livre y parvient. Il est extravagant, surréaliste, cérébral, puéril, c’est une explosion tout droit sortie de mon « ça ». J’espère que ça plaira aux gens.

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Voici quelques chroniques publiées par un polar-collectif sur les romans de Jesse Kellerman :

Beau parleur (Liliba)

Beau parleur (Jacques)

Les Visages (Jacques)

Jusqu'à la folie (Liliba)

Jusqu'à la folie (Jacques)

Commenter cet article

Foumette 20/11/2012 09:12


Très très bel article, très complet...j'ai passé quelques passages car je n'ai pas encore lu "Beau Parleur" mais j'y reviendrai! J'apprécie beaucoup sa façon de penser et d'écrire! Je suis
conquise depuis un long moment pas son papa et je dois dire que Jesse me plait de plus en plus...

Jacques 01/11/2012 09:40


Coucou Alix,


moi aussi j'ai été ravi de notre travail d'équipe. J'espère que l'entretien commun que nous avons avec Cédric Bannel va bientôt pouvoir sortir. En tout cas je suis d'accord pour renouveler
l'expérience.

Jacques 01/11/2012 09:39


Bonjour Daniel, je découvre votre blog grâce à Liliba : il est vraiment remarquable.  Peut-on s'y abonner ? Je ne vois rien qui soit prévu.

Liliba 31/10/2012 19:13


Hello Daniel, j'ai oublié de te prévenir quand j'ai écrit les questions ! Mais j'avais vraiment trouvé tes remarques pertinentes, et donc j'en ai fait un point supplémentaire à éclaircir,
l'occasion était trop belle !


Jacques, je suis ravie de ce "travail" conjoint, on recommence quand tu veux !

DF 31/10/2012 08:28


Merci pour le clin d'oeil à mon blog! Je m'en vais suivre le vôtre. Salutations! :-)