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Publié par Jacques

Frédéric Mars est l'auteur du remarquable thriller : NON STOP, que nous avons chroniqué ici même voici quelques semaines. Il a accepté de répondre aux questions que nous lui avons posées sur son roman et sur l'écriture.

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Jacques. Bonjour Frédéric Mars. Pouvez-vous vous présenter ?  Quelle personne êtes-vous ? En dehors de l'écriture, quels sont vos centres d’intérêt dans la vie, vos passions ?

 

Frédéric Mars. Hormis l'écriture... je m'intéresse à tout ce qui m'y ramène ! J'y pense tout le temps. Et même quand je n'écris pas, je passe ma vie à prendre des notes, à consigner des idées ou des détails vus, lus, entendus et qui pourront me servir pour l'un de mes projets. C'est ce qui me passionne dans cette activité : elle donne du sens à tout ce que l'on peut faire d'autre, y compris les choses les plus quotidiennes et les plus triviales.

Même mes loisirs privilégiés ont de près ou de loin un rapport avec la fiction, et le fait de composer des histoires. Je suis notamment un dingue de cinéma. Mais aussi un grand consommateur de presse et d'actualité, où je puise l'essentiel de mon inspiration, tout au moins pour les situations de départ.

 

J. Comment vous est venu ce goût pour l’écriture ? Votre objectif est-il de "vivre de votre plume" ?

 

F.M. Je parlerais moins d'un goût que d'un élan naturel et de fait, d'un phénomène assez difficile à analyser. Enfant, j'étais très rêveur, et j'avais déjà tendance à trouver plus passionnants mes rêves que la vie réelle et quotidienne. Encore aujourd'hui je fais des rêves qui sont de vrais scénarios, très construits. D'ailleurs l'essentiel de mes idées me vient le soir, ou la nuit, car je suis insomniaque. Je pense que mon besoin d'écrire est venu de là : d'une nécessité de transcender le réel, de lui donner des couleurs plus vives, par la fiction.

Quant à vivre de ma plume... c'est déjà le cas ! ;-) Pas encore grâce à mes seuls romans. Je suis un stakhanoviste de la plume, et j'écris aussi beaucoup de livres de commandes, d'essais, de documents. Au total, j'ai signé, sous diverses identités, plus d'une soixantaine d'ouvrages différents.

 

J. Votre roman, Non Stop, semble avoir été écrit par un américain : le style est celui d’un auteur de thriller américain (pour moi c’est un compliment), la documentation sur la vie politique aux U.S.A. est sans faille… mais pourquoi ce choix, puisque vous êtes français ? Pensez-vous qu’il soit impossible d’écrire un bon thriller qui se déroulerait dans notre pays ?

 

F.M. Cela semblera sans doute assez irrationnel, mais, comme ces gens qui ont le sentiment d'être nés à la "mauvaise époque", j'ai moi l'impression d'être né sous la mauvaise latitude. J'entends par là que ma manière de penser, de conceptualiser, d'imaginer, mais aussi de raconter les choses, s'inscrit naturellement dans un registre plus anglo-saxon que franco-français. Pour autant, je n'idéalise pas la société américaine, loin de là. Et suis très heureux de vivre en France. Mais, en l'occurrence, j'imaginais mal un tel scénario dans un contexte français. Pour qu'il se développe comme je l'imaginais, il lui fallait tout le contexte de paranoïa "post 11 septembre" propre aux États-Unis. L'autre raison, c'est que je suis amoureux de cette ville qu'est New York, et que je rêvais depuis longtemps d'y situer l'essentiel d'un roman. Ce sujet-là s'y prêtait particulièrement bien. En revanche, bien sûr, si un autre projet correspond à la société française, ou à un autre pays européen, je n'hésiterai pas à l'y situer. J'aime aussi beaucoup Berlin, et espère pouvoir y placer le décor d'un prochain récit.

 

J. Comment vous est venue l’idée des pacemakers piégés par un réseau terroriste ? Aviez-vous vu le film Pulsations mortelles qui abordait ce thème ?

 

F.M. Je n'ai découvert l'existence de ce téléfilm que très tardivement, alors que j'avais déjà bien avancé dans l'écriture de NON STOP. Heureusement d'ailleurs. Car, dans le cas contraire, cela m'aurait sans doute inhibé. En outre, c'est un film TV assez ancien (2002, je crois) et assez mineur, et je n'ai toujours pas réussi à le voir à ce jour.

L'idée m'est venue d'une brève publiée début 2010 par le quotidien anglais le Daily Mail, qui rendait compte d'une découverte du MI5, les services secrets britanniques. Une info qui serait passée pour un gag si elle avait été publiée le 1er avril. On y apprenait que des chirurgiens d'origine pakistanaise avaient été formés à l'étranger pour poser des implants mammaires piégés sur des femmes kamikazes. Ou d'autres types de prothèses piégées. Je n'ai eu qu'à imaginer ce que cela pourrait donner si ces implantations se faisaient à l'insu de ces mules explosives, et à grande échelle.

 

J. La documentation que vous avez réunie sur les groupes terroristes internationaux et les implications géopolitiques de ce terrorisme est remarquablement fouillée et précise et représente un des gros intérêts du roman. Comment avez-vous procédé pour la réunir et l’intégrer harmonieusement à votre histoire, sans que cela ne semble plaqué et artificiel ?

 

F.M. Sans vous en faire une liste exhaustive et rébarbative, j'ai lu énormément d'ouvrages sur le sujet. Y compris des essais géopolitiques assez trapus, ou une sélection des fameux câbles diplomatiques piratés par Wikileaks. J'ai réalisé une note de synthèse de chacune de ces lectures puis, dans un deuxième temps, j'en ai extrait tous les éléments qui pouvaient venir nourrir mon scénario de manière intéressante. J'avance toujours en parallèle : lectures documentaires d'un côté ; construction du récit de l'autre. A chaque fois que j'avance d'un côté, cela appelle des modifications ou de nouvelles recherches.

 

J. Tout comme James Patterson, vous avez assimilé parfaitement la technique permettant de susciter un suspense sans faille. Mais contrairement à lui qui a tendance à créer des personnages stéréotypés et prévisibles (le bien contre le mal en gros), vos personnages ont une vraie profondeur, sont humains et attachants, je pense ici tout particulièrement au personnage de Sam Pollack. Est-ce un principe d’écriture chez vous d’accorder autant d’importance aux personnages, ce qui est loin d'être toujours le cas dans les thrillers ?

 

F.M. D'abord, merci pour le compliment ! Ensuite, je crois qu'une histoire n'est pas qu'une mécanique scénaristique désincarnée. Elle n'existe que par ses personnages, et les situations personnelles critiques dans lesquelles ont veut bien les plonger. Et puis, à titre personnel, si je me contentais de dérouler le fil d'une action sans que je ne sente les personnages exister, je m'ennuierais très vite. J'ai besoin de sentir qu'ils évoluent, qu'ils s'étoffent, presque indépendamment de ma volonté. Quand j'ai l'impression de vivre avec eux (presque) autant que je vis avec mes proches, alors c'est qu'ils sont en train de prendre corps pour de bon.

 

J. Justement, quels sont les auteurs qui ont le plus influencé votre écriture ? Y a -t-il des auteurs français que vous admirez particulièrement ?

 

F.M. Par nature, je ne suis pas fan ou groupie. Je lis donc rarement l'intégrale d'un auteur, une fois que je me suis familiarisé avec son œuvre. Je préfère aller butiner ailleurs, découvrir d'autres choses. Je ne me sens donc aucune filiation véritable, et je ne me suis jamais dit que j'allais inscrire mes propres livres dans le sillage de tel ou tel. En tout cas pas de manière consciente. Les trois seuls auteurs que j'ai réellement adulés, étant plus jeune, et vers lesquels je reviens encore régulièrement, comme on rentre à la maison, sont Patrick Modiano, celui de la Place de l'étoile et de Villa triste, Franz Kafka, en particulier Le château, et enfin Philip K. Dick, notamment Ubik.

À propos de NON STOP, j'ai forcément beaucoup pensé aux maîtres américains du thriller d'espionnage, comme Robert Ludlum ou Tom Clancy, dont j'ai lu et même relu certains romans.

S'agissant des auteurs français, je suis évidemment avec beaucoup d'intérêt la nouvelle garde du polar et du thriller : les Grangé, Chattam, Thilliez, Loevenbruck, etc.

 

J. Votre livre semble avoir été écrit pour donner naissance à un film. Y avez-vous pensé en l’écrivant ? Avez-vous déjà des contacts avec des studios pour en faire un scénario de série ou un film ? Et quelle a été l’influence de certaines séries télé américaines sur votre écriture?

  

F.M. J'y pense sans y penser. Comme déjà dit, je structure énormément mon récit avant même d'écrire. Je réalise un séquencier d'au moins une quarantaine de pages où tous les ressorts de l'histoire sont déjà en place. Ensuite, j'essaie d'écrire mon livre en fonction des images qui me passent dans la tête, comme si j'étais moi-même spectateur de mon propre film intérieur.

Il est encore un peu tôt pour parler adaptation cinéma pou télé, mais je serais bien sûr hypocrite si je disais que je n'y rêve pas un peu. Ce roman est de toute évidence fait pour ça.

Quant aux influences télé, la filiation avec 24 heures chrono est assez flagrante, donc je ne peux pas la récuser. J'ai aussi regardé l'intégrale de Sleeper Cell, une série sur le terrorisme aux US, moins connue, mais plus subtile que 24 heures, en cours d'écriture.

 

J. On a l’impression à la lecture que vous vous êtes vraiment amusé avec le personnage du président des États-Unis Stanley Cooper/Barak Obama. Quand vous avez imaginé votre scénario, pensiez-vous développer autant ce personnage, ou bien avez-vous été poussé à lui donner davantage d’importance à mesure que vous avanciez dans le récit, un peu malgré vous ?

 

F.M. Vous avez tout à fait raison. J'avais bien sûr posé ce personnage - puisque tous mes rouages sont prévus à l'avance - mais il a gagné en épaisseur et en humanité, et sans doute en influence sur le récit, en cours d'écriture. Le fait de pouvoir me représenter Obama, ou plutôt un mixte d'Obama et de Denzel Washington m'a bien aidé en cela. Et, de fait, il est très jubilatoire de mettre en scène un personnage aussi important et aussi connu dans un tel contexte de crise.

 

J. Nous sommes à la mi-octobre 2011 et votre livre va bientôt sortir dans toutes les librairies. Comment vous sentez-vous ? Serein ? Un peu tendu ? Paniqué ?

 

F.M. Tout ça à la fois, comme à chaque sortie de livre. C'est un assez gros pari, pour moi comme pour Black Moon, qui sort de son registre naturel du "young adult" pour publier un pur thriller pour la première fois. D'ailleurs, j'en profite pour les remercier encore de leur confiance et de tout leur appui.

 

 

La chronique sur NON STOP sur "un polar collectif".

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