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Publié par Jacques Teissier

furioso.jpgAmis lecteurs, si outre les polars vous aimez la musique de chambre et les instruments à corde, si vous êtes des amateurs fervents de violon et de violoncelle,  vous allez être comblés par le roman de cette auteur suédoise, encore inconnue du grand public français mais qui ne devrait pas le rester longtemps : il faut dire que Carin Bartosch-Edström est musicienne.  Ancienne directrice d’orchestre, elle est également compositrice d’opéra et de musique de chambre et en matière de musique, elle sait donc de quoi elle parle.

 

Si  je voulais trouver une deuxième raison pour laquelle vous devriez  lire ce livre, je pourrais ajouter que vous aurez deux livres pour le prix d’un : un roman psychologique de haute volée pour sa  première moitié, un polar subtilement agencé pour la seconde partie,  avec pour l’ensemble du roman des rapports entre les  personnages  et des situations d’une intensité étonnante.

 

Mais finalement,  je ne vais pas chercher à vous en convaincre. Il me suffit de  partager avec vous les instants d’émotion et de plaisir qu’il  m’a apportés, moments  qui ne sont finalement pas si fréquents !(*). 

 

C’est un huis-clos que nous propose l’auteur dans la première partie. Quatre femmes, quatre musiciennes formant le groupe de musique de chambre Furioso, se retrouvent sur un îlot privé  proche de Stockholm pour enregistrer le dernier quatuor à cordes du compositeur suédois Carl  Stenhammar.  Elles sont bientôt rejointes par Raoul Liebeskind, violoniste de génie ( une sorte de Yehudi Menuhin contemporain)  aussi charismatique que séducteur impénitent,  qui a été invité pour remplacer la responsable du groupe qui,  blessée à la main, ne peut pas jouer.  

 

Entre les quatre femmes existait déjà une  histoire faite  d’amitiés et de rivalités mêlées, de jalousies, d’amour. L’arrivée de Raoul va être  le détonateur qui va mettre en danger la cohésion d’un groupe pourtant dirigé d’une main de fer par Louise, riche aristocrate propriétaire de l’îlot, amie de longue date de Raoul mais aussi amoureuse de Caroline, jeune et belle celliste dont la carrière s’annonce prometteuse. Caroline est la sœur d’Hélène, dont le travail de médecin est un obstacle à son épanouissement de musicienne.  Quant à la quatrième du groupe, Anna, qui est également directrice d’un orchestre réputé,  elle a vécu quelques années plus tôt  une relation amoureuse avec Raoul.

Tous ces personnages sont aussi talentueux que séduisants, fragiles pour certains, peu équilibrés émotionnellement pour d’autres, ambitieux, peut-être calculateurs...  

 

Les passions  si humaines de ces artistes vont se croiser, se heurter, s’affronter.   Les sentiments amoureux, les passions, les ambitions, le mal de vivre des différents personnages sont disséqués devant nous avec justesse,  jusque dans leurs méandres les plus intimes.

 

Alors que les répétitions et l’enregistrement se déroulent tant bien que mal en  nous dévoilant  au passage les détails de la vie professionnelle des musiciens classiques contemporains, ces passions vont s’exacerber, jusqu’au drame prévisible et annoncé (après tout,  il s’agit d’un polar !) : la mort de l’un des personnages (homme ou femme... je vous laisse deviner),  qui se produit vers la page 245, va faire basculer le roman dans une histoire policière aussi classique que bien construite. 

 

J’ai dévoré cette première partie du livre, qui aurait  pu constituer un roman à part entière, tellement l’auteur manifeste une intelligence des rapports humains,  qu’elle sait nous décrire avec  élégance et subtilité.

 

Dans la deuxième partie, les deux enquêtrices de la police criminelle de  Djursholm,   Ebba et Vendela,  partant du principe maintes fois vérifié que c’est dans le passé que les motivations  criminelles prennent souvent leur source, vont  travailler à approfondir ce passé des différents protagonistes.  De ce fait, au moment où nous croyons tout savoir d’un personnage, une découverte bouleverse notre diagnostic et modifie l’ordre des suspects possibles jusqu’aux dernières pages. L’auteur nous balade ainsi de surprise en surprise, en conservant toujours  une grande cohérence narrative. Aucun temps mort, pas de dialogues inutiles. Les personnages sont suffisamment complexes pour ne pas être caricaturaux : la commissaire  Ebba Schröder est ambitieuse et rêve de devenir commissaire divisionnaire, ses rapports avec ses subordonnés ne sont pas toujours des plus sympathiques mais sa compétence rattrape ses petits défauts et tout cela en fait un personnage intéressant.

 

Carin Bartosch Edström s’inscrit dans le courant des auteurs de polars suédois que sont Camilla Läckberg, Johan Theorin et Henning Mankell,  avec un ton plus léger que ces deux  derniers, une vision de la vie moins sombre,  mais une même précision de chirurgien dans la fabrication des intrigues et l’analyse des comportements humains.

 

Elle nous livre là un premier roman remarquable  et se place ainsi d’emblée dans la courte liste des nouveaux auteurs  à découvrir absolument... et à suivre avec attention !   

_____________

 

(*) Si vous trouvez, en lisant mes chroniques, qu’elles sont très souvent  élogieuses (ce qui pourrait signifier que les bons livres sont légion),  c’est que – sauf exception rarissime – je n’éprouve que peu de plaisir à chroniquer un  livre que je n’ai pas aimé :  la plupart du temps je m’en abstiens.

 

Furioso
Carin Bartosch-Edström

Editions JC Lattès (octobre 2012)
Collection Thrillers
550 pages ; 22 €

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Commenter cet article

Antoni 21/03/2013 15:09


Bonjour Jacques,


j'ai également lu ce livre dernièrement et, même si je ne suis pas aussi élogieux que toi dans ma critique, j'ai plutôt apprécié cette lecture. Néanmoins, la première partie m'a semblé assez
longue. J'ai malheureusement l'impression que les retours ne sont pas à la hauteur du talent de l'écrivain.


Par ailleurs, je me suis permis d'ajouter un lien vers ton article dans celui que j'ai rédigé. Si cela t'intéresse, je te propose d'aller y jeter un oeil pour me dire ce que tu en penses, à ton
tour.


A bientôt peut-être. Bon après-midi.


Cordialement,


http://passion-livre.over-blog.com/article-furioso-carin-bartosch-edstrom-113547918.html

Jacques Teissier 21/03/2013 16:55



Bonjour Antoni,
ton article sur Furioso est intéressant. Il semble que ton point de vue s'accorde à celui pas mal de lecteurs qui trouvent que la partie psy est trop longue et que, d'une façon générale, il y a
quelques longueurs.
j'ai apprécié ton blog, et je l'ai mis en lien sur mon blog "lectures et chroniques".
A une autre fois !
Jacques



Bibliométrique 09/12/2012 12:32


Bonjour, lecteur de romans policiers, je vous conseille de visiter le nouveau site polar/noir bibliometrique.com. A bientôt.