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Publié par Jacques

Je dhttp://ecx.images-amazon.com/images/I/51l01oUf5jL._SL500_AA300_.jpgois vous l’avouer : je n’avais pas encore entendu parler de Matti Rönkä avant la lecture de ce livre. Celui-ci à peine sorti de son emballage, je jetai un coup d’œil distrait sur sa quatrième de couverture et un frisson d’horreur parcourut alors mon échine : « Putain, l’auteur, c’est le P.P.D.A. finlandais ! » me dis-je in petto en découvrant qu’il était présentateur du journal télévisé de la chaîne publique finlandaise.

 

Imaginez mon désarroi ! Un type dont on voit la trombine tous les soirs au J.T., dont la publication du roman devait être davantage liée à sa notoriété télé, son sourire de gendre idéal ou aux couvertures pipols de certains magazines qu’à ses qualités de romancier : j’allais devoir me farcir 254 pages de ses écrits… ça craignait dur !

 

Et puis, j’ai tenté de me rassurer. Après tout, Matti Rönkä utilisait peut-être les services d’un nègre ? En France, une telle pratique serait difficilement imaginable, vous imaginez les romans de P.P.D.A. ou Claire Chazal, ou bien les essais de Jacques Attali écrits par un « collaborateur » ? nos traditions littéraires ne permettraient pas une telle chose… Alors qu’en Finlande, influence anglo-saxonne aidant, qui sait ce qui peut s’y passer ?

 

Au fond cette idée était rassurante : un bon nègre vaut mieux qu’un mauvais écrivain, et un nègre talentueux peut très bien écrire un bouquin non seulement lisible, mais même remarquable. Foin des préventions et des préjugés discriminatoires : lis le livre et tu jugeras après, décidai-je brusquement.

 

Et c’est ainsi que je me suis lancé dans l’aventure de la frontière blanche. Et je ne l’ai pas regretté une seconde !

 

Le roman se passe en Carélie, territoire partagé entre la Finlande et la Russie. De nombreux caréliens russes s’installent dans une Finlande plus riche, offrant de meilleures conditions de vie, de travail, de logement, de services sociaux que la Russie. C’est le cas pour le narrateur et héros du roman, Viktor Kärpä, ancien du KGB, ex-soldat de l’armée russe, qui a décidé que les petits boulots en Finlande étaient préférables au chômage en Russie. Victor est un personnage plutôt classique de détective privé vivant de petites combines plus ou moins louches, servant à l’occasion de transporteur de colis douteux pour son ami d’enfance Karpov, « homme d’affaires » aux affaires incertaines et parfois inavouables, ou pour Ruchkov, l’associé de celui-ci. Matti Rönkä a réussi à rendre le personnage de Viktor attachant et crédible, en nous dévoilant par petites touches successives son caractère, sa personnalité, ses gouts. La descriptions qu’il nous fait des rapports que Viktor entretient avec sa mère, qui vit en Carélie russe, sont attendrissants de justesse et de vérité et donnent de l’épaisseur au personnage. Il en est de même pour les liens qui se tissent au cours de l’histoire entre Viktor et la jeune étudiante Marja : l’auteur n’arrive pas avec ses gros sabots pour nous servir une histoire d’amour sur un plateau d’argent mais il prend le temps de développer les rapports entre les deux personnages avec subtilité et habileté.

 

Viktor est chargé par un sexagénaire possédant une libraire de livres anciens de retrouver sa jeune femme disparue, Sirje. Celle-ci étant la sœur d’un trafiquant peu sympathique et vraiment peu recommandable, Viktor va être progressivement entraîné vers des terrains mouvants et dangereux. Comme souvent dans les bons suspenses, l’intrigue est habilement menée et parvient à surprendre le lecteur, mais elle ne constitue pas l’essentiel du livre, elle est simplement le fil conducteur qui permet de mettre en scène des personnages originaux ainsi que des descriptions de situations, de lieux et de rapports humains que l’auteur arrive à nous rendre palpitantes par son écriture, sa façon de nous les présenter.

 

Un des thèmes intéressant pour le lecteur ignorant tout de la Carélie, porte justement sur la description fouillée, précise, des conditions de vie des deux côtés de la frontière russo-finlandaise, sur les rapports parfois heurtés entre les populations russes et finlandaises qui sont amenées à cohabiter, sur les liens étroits qui unissent de longue date ces deux pays voisins, des liens qui sont très souvent familiaux, de part et d’autre de la frontière.

 

Le style de l’auteur est parfaitement accordé à ce genre qu’est le roman à suspense : efficace, dense, sans fioritures inutiles, il dresse par touches successives brèves les portraits et les situations. Aucun bavardage inutile, des phrases courtes, des chapitres de 7 ou 8 pages maximum, tout cela fait que le lecteur est emporté par le rythme du récit et ne s’ennuie pas une seule seconde. De plus, l’intrigue mise en place est bien ficelée et ménage au lecteur des rebondissements inattendus jusqu’à la fin du roman.

 

Je le conseille donc aux amateurs de suspense : oubliez que Matti Rönkä est présentateur du J.T. à la télévision finlandaise (nobody is perfect), mais retenez que Frontière blanche, qui vient de sortir en France aux éditions l’Archipel, fait partie des bons romans à suspense qui sont sortis en France cette année.

 

Présentation de l’éditeur

 

Ancien agent du KGB, Viktor Kärppä a quitté sa Russie natale pour la Finlande afin de fuir son passé. À Helsinki, où il a ouvert une agence de détective privé, il rend divers services à des trafiquants locaux, traversant souvent la frontière pour passer en douce des documents ou prendre livraison d’alcool ou de cigarettes.
Lorsque Aarne Larsson, marchand de livres anciens et nostalgique du nazisme, lui demande de retrouver sa femme Sirje, qui a mystérieusement disparu, Viktor pense qu’il s’agit là d’une simple affaire de routine… Or, bien vite, il découvre que Sirje est la soeur d’un baron de la drogue, l’Estonien Jaak Lillepuu.
Et l’enquête de Viktor semble soudain intéresser beaucoup de monde, trop à son goût : un inspecteur de la police d’Helsinki, à qui il donne parfois des tuyaux, ses anciens « camarades » du KGB et Jaak Lillepuu en personne. Un jour, ce dernier disparaisse à son tour… ''Matti Rönkä n’explique rien. Il raconte. Avec son style sec et nerveux, Matti Rönkä donne une nouvelle couleur, une nouvelle dimension au polar nordique.

 

 

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Claude LE NOCHER 10/05/2011 17:48



Bonjour Jacques,


Parfaitement daccord avec cette chronique, d'autant que j'ai aussi hésité à le lire. Nous aurions eu tort de nous en priver.


Amitiés.