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Publié par Jacques

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D’emblée, la couverture de ce roman place la barre très haut en nous apprenant que James Patterson est l’auteur de thrillers le plus vendu dans le monde. Plus de cent millions d’exemplaires vendus, vous imaginez ? Mieux encore, le magazine Forbes, affirme  Wikipedia que j’ai aussitôt consulté, nous dit qu’il serait aussi l’auteur le mieux payé de la planète, avec un revenu annuel de 70 millions de dollars. Alors là, me suis-je dit, c’est carrément l’apothéose…

 

Les cent millions d’exemplaires vendus, devenaient à leur tour des arguments de vente qui ne pouvaient  signifier qu’une chose pour le lecteur lambda que je suis : ce nouveau roman de Patterson  devait  (forcément) être excellent, sublime, et même – n’hésitons pas devant les gros mots – génialissime.

 

Mais aussitôt reconnu  ce fait indubitable, la question se posa, tragique : que faire devant un tel monstre ? Si je me lançais dans sa lecture, le risque était grand de trouver bien fades les romans des auteurs à moindre succès, les Lehane, Grisham, Coben ou Highsmith, qui doivent plafonner à quelques millions d’exemplaires vendus ; et ne parlons pas des Serfaty ou autres Tabachnik qui doivent se contenter de malheureux centaines de milliers d’exemplaires. Peut-être en serais-je réduit alors à ne plus lire que du James Patterson pour ne pas être déçu ?

 

D’un autre côté, ai-je pensé, si je ne lis pas ce thriller, je risque de passer à côté d’un chef-d’œuvre, car tant de dithyrambes chiffrés et de dollars accumulés ne peuvent qu’être l’expression d’une exceptionnelle qualité d’écriture. Du coup, en ne le lisant pas, ma conscience professionnelle de lecteur chronique en prendrait un sacré coup !

 

Le choix était difficile, mais vous l’avez deviné en lisant ces lignes, je me suis finalement jeté sur le roman de Patterson avec une avidité gourmande que ses chiffres de vente pharamineux imposaient, en me posant une seule question à laquelle je vais tenter de répondre : ce roman allait-il être à la hauteur de la notoriété de son auteur ?

 

Tout d’abord, examinons les personnages.

 

Patterson reprend dans A votre honneur le personnage d’Alex Cross qui a fait l’essentiel de son succès international. Alex est flanqué de Brianna Stone, appelée tout simplement Bree pour les intimes (dont il est),  et « le Roc » pour ses collègues. Bree est une flic  aussi séduisante qu’efficace et de plus (ce qui ne gâte rien pour notre héros), diablement amoureuse d’Alex, qui le lui rend bien. Cross, qui est docteur en psychologie, a quitté le FBI pour s’installer comme psychologue en ouvrant un cabinet privé, avec lequel il a autant de succès médiatique que lorsqu’il officiait dans la police.

 

C’est la première et même la principale caractéristique de notre cher Alex : non seulement il est ultra-compétent (le meilleur dans son domaine), non seulement il est terriblement séduisant (toutes les femmes vous le diront), mais il est aussi un bon père de famille attentif à ses enfants (comme ceux-ci pourront vous le confirmer) et de plus diablement sympathique (d’après sa concierge). A dire vrai, il est difficile de trouver une qualité qu’il n’aurait pas. Et c’est très bien ainsi, heureux lecteur, car si le processus d’identification joue à plein, vous allez vous retrouver pendant quelques heures dans la peau d’un super-héros, ce qui devrait produire chez vous un effet euphorisant tout à fait salutaire. Même si cette thérapie a des limites évidentes puisque la lecture finie vous allez redevenir un individu ordinaire, ce  qui peut vous faire très mal… sauf si vous aimez vivre dangereusement !

 

Après avoir parlé des gentils (vraiment très gentils) passons aux méchants, vraiment très méchants, comme nous les aimons tous, nous les amateurs de thrillers. Il y en a plusieurs que nous découvrons au fil des pages, éberlués par tant de vilenies. Tout d’abord un vrai et solide psychopathe, bien sous tous rapports au niveau de sa psychopathie. Pour une fois rien de sexuel dans les crimes très alambiqués qu’il commet. Mais cet individu adore qu’on parle de lui. Il veut bien tuer n’importe qui, mais pas n’importe comment : il faut que les médias soient là et puissent filmer ses crimes en direct. Des crimes particulièrement sanguinolents sinon grand-guignolesques, puisque le but dans la vie de Showman (c’est le nom dont il est affublé), dont l’ego est presque aussi développé que celui d’un très haut responsable politique français contemporain, est d’être considéré comme le plus grand criminel de tous les temps. Heureusement Alex est là, qui va reprendre du service pour tenter de faire triompher le Camp du Bien.­­

 

Mais là où ça va se compliquer pour lui, c’est qu’il y a un deuxième Méchant encore plus méchant que le premier, qui l’était pourtant déjà beaucoup. Il s’agit de Kyle Craig, un ancien du FBI lui aussi, qui était à l’époque un rival de son collègue Cross dans la compétence et l’habileté professionnelle.

 

Kyle décida un beau matin où il s’était levé sans doute du pied gauche, de devenir le tueur en série le plus malin et le plus effroyable de l’histoire. Dans un épisode précédent, il fut stoppé net dans cette belle ambition par son collègue Alex qui l’avait arrêté. Depuis cette date, il croupissait dans un quartier de haute sécurité dont personne ne s’était jamais évadé en vouant une haine aussi farouche qu’inextinguible à son ex-collègue, ne rêvant que d’une chose : se venger de lui et lui montrer qui était le plus fort et le plus intelligent.

 

Bien sûr, il va réussir à s’évader, et voilà notre Alex passablement ennuyé devant tant de complications. Heureusement le bougre a de la ressource, vous n’en doutez pas.

 

Je me garderai bien de vous révéler si au final le Camp du Bien triomphe sur le Camp du Mal, et vous laisserai vivre le suspense jusqu’au bout, haletants, la langue pendante et les yeux exorbités par la crainte.

 

Il me reste à vous dire enfin si ce thriller est digne de la réputation de son auteur.

 

Certes, les personnages manquent d'épaisseur psychologique, sen particulier Alex et Bree, d'autres (leus tueurs) sont un tantinet caricaturaux et parfois un peu simplistes, dessinés à grands traits, sans beaucoup de subtilité. Les motivations et la crédibilité de nos tueurs en série sont parfois incertaines et difficilement compréhensibles pour nous lecteurs qui ne sommes pas (enfin, pas encore !) des profilers haut de gamme. Mais enfin, il y a tout de même du suspense, et après tout c’était bien le but recherché.

 

A vrai dire, si le livre avait été le premier roman d’un auteur totalement inconnu, j’aurais même sans doute été très bienveillant. Patterson sait faire monter la mayonnaise et raconter une histoire, ses romans font d’ailleurs d’excellents scénarios de cinéma. Bien sûr, son écriture n’a pas la grâce que l’on retrouve chez un Lehane ou une Tabachnik, mais il est un artisan compétent, qui sait parfaitement reproduire les copies d’un meuble rustique et bien costaud dont il aurait créé le modèle dans sa jeunesse.

 

Au total, vous pouvez être pris par la lecture de ce thriller, et même le trouver plaisant, comme est plaisante la contemplation d’une bulle de savon miroitant sous les rayons du soleil, une bulle de savon dont l’éclatante disparition n’encombrera pas trop longtemps votre mémoire. Attendons le roman suivant, sans impatience fébrile, avec curiosité.

 

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