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Publié par Jacques Teissier

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Dualité, oppositions, contrastes : Jennifer Holparan aime jouer sur les contraires, et cela se manifeste aussi bien dans l’arrière-plan du roman que dans les personnages.

 

L’arrière-plan général du roman c’est la ville de Boston et la religion catholique, largement majoritaire dans cette ville très religieuse. Dans le roman, le catholicisme imprègne tellement chaque détail du récit que parfois le lecteur en vient à se demander s’il existe à Boston d’autres religions !   Pourtant, le premier contraste est là, entre les principes de la religion, ses traditions, ses pratiques et sa culture millénaire et les contraintes de la vie moderne qui tendent à tout bousculer en ce début de millénaire... et pas seulement à Boston.

 

 La deuxième opposition porte sur les personnalités des deux principaux personnages, et on peut  dire qu’elle est abyssale, tellement l’auteur a frappé fort ! Pourtant, nous avons l’habitude : de nombreuses séries télé policières (en particulier américaines) aiment jouer sur le contraste entre les deux équipiers enquêteurs, avec toutes les variantes possibles susceptibles de créer entre eux des conflits, des situations explosives ou amusantes : flegmatique/colérique, sympa/râleur, jeune/vieux... etc. Naturellement, plusieurs configurations peuvent être mélangées, par exemple un vieux flic fatigué qui ne comprend rien à l’informatique et aime l’opéra, à qui on colle comme partenaire un jeune  geek survolté et fan de rap. Ce parti pris est moins fréquent dans les romans français que dans les séries télé, pour des raisons qui resteraient à analyser, mais c’est un procédé bien pratique pour faire bouger les choses quand l’enquête ronronne... ce qui n’est pas le cas ici.

 

Ici, nous avons Darcy Morissey, une jeune punkette révoltée et athée, inspectrice à Boston ; dotée, semble-t-il, d’une solide expérience de la vie amoureuse, elle a été élevée par sa grand-mère ; son style vestimentaire ainsi que son comportement irritent fortement certains de ses collègues.

 

Elle va être amenée à faire équipe avec Timothy Chapman, un jeune prêtre plutôt beau gosse, puceau jusqu’aux gencives et issu d’une famille de la bourgeoisie bostonienne. Personnage original, il a toujours sa chambre chez papa-maman et roule dans une superbe Lamborghini de collection à laquelle il est très attaché. D’un point de vue religieux, ce serait presque le diable (Darcy) et le Bon Dieu (Tim) : l’antagonisme absolu. Sauf qu’ils ont quand même un point commun : ils se connaissent depuis qu’ils sont gamins. À l’époque, Timothy était même amoureux de Darcy, qui le lui rendait bien, et même s’ils se sont perdus de vue il a toujours gardé le souvenir ému de la petite fille et conserve de forts sentiments pour elle. Ces retrouvailles vont provoquer chez lui un certain choc émotionnel et bouleverser son pieux mode de vie.

 

Mais comment justifier qu’un prêtre et une inspectrice travaillent ensemble sur la même affaire ? Trouver une explication crédible était un défi que devait relever l’auteur. Elle l’a parfaitement réussi.

 

Tim est chargé par le Vatican d’enquêter sur la vie de Caitlin Halligan, une figure influente de la communauté catholique de Boston, pour savoir si elle pourra être canonisée. Caitlin est morte en 1982 dans des circonstances terribles et mystérieuses, en laissant une petite fille, Emily, qu’il va rencontrer pour démarrer son enquête. Emily disparait, des meurtres sont commis par le même tueur, tous liés à la religion et à certaines saintes de l’Église catholique. Des textes en hébreu extraits de la bible ainsi que des images ayant un rapport avec certains aspects de la vie de la sainte célébrée le jour de l’assassinat, sont tatoués sur les corps. Un expert en catholicisme est nécessaire pour traduire les textes et replacer chaque crime dans le contexte de l’histoire de la sainte qui lui est associée. Tim va être cet expert-là et il va donc travailler avec Darcy, chargée officiellement de l’enquête.

 

La mort de Caitlin pourrait elle se trouver liée à ces nouveaux meurtres et à la disparition d’Emily ? C’est ce que nos deux enquêteurs vont chercher à découvrir. L’enquête va se révéler mouvementée, les surprises seront nombreuses et l’humour savamment distillé jusqu’à la conclusion finale.

 

Car, il faut le dire, la tonalité du livre est légère et pétillante malgré les meurtres sanglants et la forte imprégnation religieuse. L’auteur a choisi le parti pris de surprendre et amuser le lecteur et on sent bien qu’elle s’est beaucoup amusée à écrire cette histoire. Le style est vif, enlevé, sobre, ce qui permet une lecture fluide, la documentation sur la vie de certaines saintes peu connues de l’Église catholique est solide, et l’intrigue tient la route.

 

Il reste un point sur lequel vous devez tous vous interroger : que diable va-t-il se passer entre Darcy et Tim, entre le prêtre et la punkette ? Leurs sentiments anciens vont-ils se transformer en relation amoureuse ? Tim va-t-il enfin connaitre l’amour physique dans les bras de Darcy ? Si oui, cette sympathique expérience aura-t-elle une influence sur sa foi ?  La fera-t-elle vaciller ? Ce sont des questions légitimes, mais naturellement je ne dévoilerai rien du choix de l’auteur !

 

Ce qui est sûr, c’est que de nombreux lecteurs de Jennifer Holparan vont attendre son second roman en espérant bien y retrouver ces deux personnages originaux et attachants. Mais... c’est un choix qui lui appartient !

 

Cadaver sancti

Jennifer Holparan

Editions Nouvelles plumes (novembre 2013)

402 pages ; 18,90 €

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