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Publié par Jacques Teissier

beso_de_la_muerte.jpgSi pour cette nouvelle enquête, la commissaire Aïcha Sadia tient un rôle moins central que dans Parjures, c’est peut-être parce que le véritable héros de cette histoire est le poète Federico Garcia Lorca, abattu par les fascistes en août 1936 près de Grenade. C’est en effet autour de lui que ce polar imaginé par Gilles Vincent s’organise, trois quarts de siècles plus tard.

 

Le roman commence fort dans l’émotion puisqu’il nous relate, dès le prologue, l’assassinat du poète et celui de trois autres républicains : deux anarchistes et un instituteur boiteux. Ils constituent « la prise de la nuit » pour les miliciens, sous les ordres d’un homme mystérieux dont le rôle sera déterminant dans la suite de l’histoire : « El Capitan ».  

 

Pour l’enquêtrice, tout commence par la découverte dans un quartier de Marseille du corps carbonisé d’une jeune femme. La victime, Claire Dandrieu, est une jeune prof d’espagnol originaire de Toulouse, tout comme l’homme à qui elle avait hurlé la veille au téléphone être menacée d’une mort imminente : Thomas Roussel, un flic avec qui elle avait vécu quelques années plus tôt.

 

Quel peut être le rapport entre la fin tragique de Garcia Lorca en 1936 et l’assassinat de Claire Dandrieu en 2011 ? c’est tout l’objet du livre et de sa double manipulation : celle que les auteurs de l’assassinat exercent sur la police chargée de l’enquête, et celle que Gilles Vincent fait subir à ses lecteurs, qu’il balade de surprise en surprise, en même temps qu’il leur fait découvrir un pan de l’histoire politique contemporaine liée à l’ETA et aux GAL, cette milice créée par le gouvernement de Felipe Gonzales pour exécuter en toute illégalité les militants de l’ETA suspectés de terrorisme.

 

Nous avons donc une histoire complexe, à plusieurs niveaux, dans laquelle la mort de Garcia Lorca va certes jouer un rôle central, mais en étant intriquée avec des éléments de politique contemporaine franco-espagnole datant des années Chirac, dont la plupart d’entre nous gardent encore des souvenirs précis... ce qui peut ajouter encore au plaisir de lecture. Nous allons aussi retrouver le personnage énigmatique du « Capitan », qui vit encore (il a près de cent un ans !), aussi en forme que l’on peut l’être à cet âge vénérable.

 

Cette histoire va nous emporter en différents lieux et à plusieurs époque, de Marseille à Toulouse, de Toulouse à Madrid, puis à Paris, des années 1936 à notre époque ou en 1986... Jamais le lecteur n’est perdu, l’auteur tient solidement tous les fils et les déroule à sa guise, pour notre plus grand plaisir. Renversements de situations, coups de théâtre, personnages ambigus, tout est fait pour que le lecteur soit happé par le récit et ne puisse le quitter.

 

En romancier expérimenté, Gilles Vincent, qui porte une attention toute particulière à la documentation historique ainsi qu’à la cohérence et à la complexité de son histoire, sait que cela ne suffit pas pour faire un bon livre. Il faut que celui-ci ait de la chair et que ses personnages soient suffisamment forts et bien campés pour accrocher l’intérêt du lecteur. Il s’en donne les moyens en nous faisant découvrir, au fil des chapitres, les personnalités des principaux protagonistes de l’histoire : Claire Dandrieu, dans sa relation avec Thomas Roussel, Esteban, jeune maitre de conférence à l’université de Montpellier, mais aussi dernier compagnon de Claire, Thomas Roussel lui-même qui, bien que sur le point de partir en voyage de noces va aider Aïcha Sadia et son équipe à résoudre l’énigme, ainsi que les différents enquêteurs de l’équipe.

 

Paradoxalement, le seul personnage qui semble « en retrait » est celui d’Aïcha, moins fouillé que dans Parjures. Il est vrai que les lecteurs de Gilles Vincent la connaissent déjà, et l’auteur a dû estimer qu’il était mieux de se concentrer sur les nouveaux personnages. Mais il a (heureusement) de nouveaux lecteurs à chaque livre : peut-être serait-il bon de leur permettre, à eux aussi, de mieux connaître et apprécier l’attachante commissaire Aïcha Sadia...

 

Mais ce n’est pas l’essentiel, loin de là. En choisissant comme toile de fond cette période cruciale de l’histoire de l’Espagne contemporaine, qui a suscité tant de drames et de si intenses émotions des deux côtés des Pyrénées, Gilles Vincent   a bâti une histoire d’une grande richesse, émouvante et cruelle, complexe et passionnante. Ce roman est une vraie réussite : vous ne l’oublierez pas !

 

 

Beso de la muerte
Gilles Vincent
Editions JIGAL  (11 février 2013)
248 pages ; 18 €

 

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Commenter cet article

Jacques 16/03/2013 06:43


Oui, tu as raison de parler de Maurice Gouiran et son "Franco est mort jeudi". Deux auteurs encore hantés par la guerre civile espagnole... comme pas mal de gens de leur génération !

Oncle Paul 15/03/2013 19:55


Bonsoir Jacques


Je suis entièrement d'accord avec ton analyse. AÎcha Sadia tient un rôle moins prépondérant car tout n'est pas axée sur elle mais sur ce commaisire de Pau qui n'en a pas. Un très bon roman qui
premet de redécrouvrir le poète espagnol. Un roman qui nous plonge dnas l'Histoire proche, comme le fait Maurice Gouiran, à mi chemin entre le roman historiques et le roman noir


Amitiés