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Publié par Jacques Teissier

assurance_vie.jpgVous le savez, les américains aiment décliner le thriller dans ses différentes variantes possibles : thriller judiciaire, thriller d’entreprise, thriller psychologique, thriller serial-killers, etc. Robin Cook, lui, est spécialisé dans le « thriller médical », domaine dans lequel il a acquis une notoriété certaine. Auteur de plus d’une trentaine de romans, son expérience lui permet de bâtir des histoires solides, plaisantes, et dans chacune d’elles le lecteur non initié aux secrets de la médecine peut (en partie) satisfaire sa soif de connaissances dans ce domaine. Etant médecin lui-même, Robin Cook parle de ce qu’il connait le mieux, et en parle bien.

 

Dans « Assurance vie », l’histoire mêle la recherche médicale de pointe et l’arnaque à l’assurance vie par des financiers peu scrupuleux (mais en existe-t-il d’une autre espèce ?), avec en arrière plan des hommes de main d’origine albanaise aussi mafieux que redoutables.

 

Coïncidence : l’héroïne du livre, Pia Grazdini, est justement d’origine albanaise. En revanche, elle n’est pas mafieuse. Brillante étudiante en médecine à l’Université de Columbia, elle a quelques points communs avec la Lisbeth Salander de Millenium. Comme cette dernière, elle est dotée d’une intelligence hors du commun, et des évènements dramatiques vécues dans leur enfance les ont rendues toutes les deux asociales (Lisbeth davantage que Pia, mais le ressort dramatique est le même). Elle travaille avec un prix Nobel, lui aussi plutôt asocial et lui aussi génial, qui est sur le point de réussir l’organogénèse assistée des organes humains, comme le pancréas, le foie ou les reins. Prodigieuse avancée médicale, qui pourrait (par exemple) permettre aux diabétiques de guérir de leur maladie grâce à la greffe d’un pancréas fabriqué en laboratoire.

 

Cette révolution médicale ne fait pas l’affaire de nos deux vilains financiers, Edmund Mathews et Russel Lefevre. Pensez donc : ceux-ci rachètent à 10 % de leur valeur les assurances vies de personnes diabétiques, plongées par la crise dans des difficultés financières terribles et qui ont donc un besoin urgent d’argent liquide. Après avoir racheté au prix le plus bas leur assurance vie, Edmund et Russel paient les mensualités et n’ont plus qu’à attendre la mort de leurs proies (dont l’espérance de vie est fortement diminuée par la maladie) pour toucher le pactole. Un procédé surprenant mais qui, selon l’auteur, serait parfaitement légal aux Etats-Unis (j’avoue avoir quelques doutes sur ce point, mais je n’ai pas vérifié).

 

Problème : si les recherches du prix Nobel réussissaient, et s’il était possible de greffer un pancréas à tous les diabétiques, leur espérance de vie s’en trouverait alors fortement augmentée et nos deux compères perdraient des millions de dollars. Que feriez-vous à leur place ? Vous iriez jusqu’à tuer le prix Nobel et son assistant pour ne pas risquer la faillite ? Non, pas vous, bien sûr. Mais nos deux zigotos, ex golden boys de Wall Street : oui ! Et notre vaillante Pia va se trouver aux premières loges de l’histoire, d’autant plus que Edmund et Russel font appel… à des mafieux albanais pour organiser en douceur les assassinats des chercheurs, et que – je vous le rappelle – Pia est elle-même d’origine albanaise.

 

Tout est donc solidement mis en place pour un suspense ébouriffant : notre belle et géniale héroïne s’en sortira-t-elle intacte ? Deviendra-t-elle, après ces aventures, un peu moins asociale ? George, son fidèle amoureux (aussi beau garçon que sympathique et intelligent), qu’elle traite comme un toutou mais malgré cela espère toujours, verra-t-il sa persévérance et son amour récompensés ? Et que deviendront les ignobles individus, qui profitent de la détresse des pauvres gens pour les appauvrir davantage ?

 

Vous aurez toutes les réponses à ces questions après avoir dévoré les 555 pages du livre, et au passage avoir appris certaines choses sur la recherche biogénétique. Peut-être même, si vous êtes plus doué que je ne le suis, comprendrez-vous comment arriver à créer des organes humains à partir de cellules souches : dans ce cas un avenir éblouissant s’ouvrira à vous ! Et, cerise sur le gâteau, vous aurez passé quelques heures de lectures plutôt agréables.

 

En résumé : une histoire bien structurée, des personnages fortement campés et parfois originaux, un ancrage dans le réel plutôt solide, quelques connaissances médicales en prime : même si vous n’avez pas contracté « d’Assurance lecture », plongez-vous dans « Assurance vie », de Robin Cook, c’est une lecture qui mérite d’être tentée !

 

Cette chronique a également été publiée sur "un polar-collectif".

 

Robin Cook
Albin-Michel, (6 juin 2012)
555 pages
22 €

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