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Publié par Jacques Teissier

Le visage de Satan, de Florent Marotta

Incontestablement, le visage de Satan fait partie de ces thrillers plaisants, de ceux qui font frémir comme ils auraient pu faire frémir l’ado que j’ai été voici quelques décennies. Il est vrai que l’auteur a réuni là tous les ingrédients du genre et les a consciencieusement malaxés jusqu’à en tirer la bonne recette miracle apte à faire palpiter le petit cœur sensible de ses vulnérables lecteurs : vous et moi. Jugez-en.

  • Tout d’abord, dès les premières pages une série de meurtres sanguinolents et plutôt horribles, qui vont immédiatement susciter chez vous une sensation d’intense soulagement : vous n’étiez pas là, non concerné par la tuerie vous avez échappé à ça !
  • Ensuite une belle plongée en apnée au sein d’un groupe d’individus fascinés par Satan, ses pompes et ses œuvres. Même si bien heureusement les susdits satanistes ne sont généralement pas plus meurtriers que vous et moi (en tout cas que moi), il semble bien que de tels groupes existent réellement et dépensent des trésors d’ingéniosité pour manier et marier symboles ésotériques et imaginaire chrétien dévoyé.
  • Petit clin d’œil aux amateurs de romans noirs qui – vous en savez quelque chose – peuvent se trouver aussi chez les amateurs de thrillers, l’auteur met en scène un personnage de détective privé aussi plaisant que classique : Gino Paradio. Celui-ci est un ex-flic et ancien alcoolique plus ou moins cassé par la vie, plutôt sympa et beau gosse (tant qu’à faire)... Pour frôler la perfection, il aurait pu être un peu plus désabusé et cynique, tout particulièrement avec les femmes. Mais nobody is perfect, bien qu’il soit un tantinet colérique, le bougre a plutôt un bon fond et reste capable de tomber en amour s’il croise l’âme sœur.
  • À propos d’âme sœur, serait-elle justement cette créature répondant au doux prénom de Sybille, veuve affriolante aux longues jambes et aux lèvres pulpeuses, riche de surcroit, qui vient à l’agence implorer son aide ? Illico tous mes clignotants de lecteur de romans noirs américains des années cinquante se sont mis au rouge : attention danger, femme fatale annoncée. En fait la pulpeuse vient demander à Gino d’enquêter sur la mort de son mari. Officiellement c’est une crise cardiaque, mais elle soupçonne le pire, c’est-à-dire un assassinat. J’aurais été à la place de Gino, je peux vous dire que j’aurais accepté la proposition sans l’ombre d’une hésitation, mais c’est à ce genre de chose qu’on voit bien que je ne serai jamais un héros de roman : lui il fait sa chochotte et demande à réfléchir ! J’avais envie de lui dire « t’es con ou quoi ? », mais fort heureusement quelques pages plus tard j’étais rassuré : Gino prenait l’affaire en main.

Lecteur à la perspicacité légendaire, vous avez déjà deviné qu’il y a un lien entre les meurtres sanglants du début du roman (qui vont être suivis par d’autres, rassurez-vous) et la demande de la belle Sybille et que ce lien a pour nom satanisme. Nous allons donc plonger à la suite de Gino et de quelques autres quelques personnages croustillants, émouvants ou inquiétants dans les méandres d’une secte satanique.

Ce faisant, il faut reconnaitre à Florent Marotta une excellente documentation sur un sujet que je ne connaissais que très vaguement, n’ayant pas la chance d’avoir de satanistes parmi mes amis ou mes relations proches. Il a aussi un art du suspense consommé, les rebondissements s’enchainent, les principaux personnages prennent de l’épaisseur, bref c’est du bon boulot. Ce livre devrait plaire à tous les amateurs des deux genres (et j’en fais partie), genres qui sont ici mêlés avec habileté et un réel talent d’écriture.

Le visage de Satan
Florent Marotta
Taurnada éditions
380 pages

 

 

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