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Publié par Jacques Teissier

Une île bien tranquille, de Pascale Dietrich

Une île bien tranquille : avec un tel titre, je me doutais bien que l’île en question ne devait pas l’être autant que ça, tranquille ; et franchement, pendant tout le temps de la lecture, je n’ai pas été déçu du voyage ! 

Ce polar de Pascale Dietrich, aussi bref (157 pages) que plaisant, joue avec habileté sur l’opposition entre les apparences et la réalité, ainsi que sur le contraste entre les souvenirs que nous laissent les lieux et les gens qui ont construit notre enfance et la perception nouvelle que nous pouvons en avoir bien des années plus tard. Perception nouvelle, car si nous avons changé, ceux que nous avions croisés à l’époque ont changés eux aussi, et pas seulement physiquement. C’est ce qu’observe avec un certain étonnement Edelweiss, une parisienne trentenaire, qui revient à Trevedic, l’île de son enfance, pour y enterrer son père, un ingénieur agronome passionné de botanique et accessoirement maire de l’île. Il serait tombé d’une falaise un jour de tempête : selon les autorités, le vent violent l’aurait littéralement poussé dans le vide, ce qui laisse la narratrice perplexe, sinon dubitative : que serait allé faire son père dans cette galère, un jour de grande tempête ? Mais personne à Trevedic ne semble étonné. Étonnée, Edelweiss commence pourtant à l’être : un certain nombre d’îliens qui vivaient autrefois plutôt chichement semblent maintenant connaitre une opulence de bon – ou mauvais, selon le point de vue adopté – aloi : bâtiments refaits à neuf, voitures de sport, yachts... En même temps qu’elle retrouve d’anciennes connaissances, parfois proches, elle va tenter de comprendre cette nouvelle réalité de l’île. Mais tout le monde se tait, le secret semble bien lourd et impossible à partager avec une continentale.

L’intrigue, assez simple, est astucieusement agencée. Mais ce qui rend ce livre si agréable à lire, c’est avant tout la tonalité légère et le regard caustique que la narratrice jette sur les îliens, sur ses proches, comme sur elle-même. Ainsi sur son amoureux Walter,  qu’elle juge « un peu connard » :

«La porte pivota lentement et je me retrouvai face à face avec le sac-poubelle que Walter avait omis de descendre. À la vue du plastique noir, les yeux me piquèrent (...) cette petite négligence m’émouvait jusqu’aux larmes. Certes, il était fainéant et avait des manies agaçantes, mais n’était-ce pas au fond qu’il était rêveur tout simplement ? (...) À ce train-là, d’ici quelques mois, je parlerais de lui comme de l’homme rêvé et assurerais que nous vivions la plus parfaite idylle. (...) si on écoutait les veuves, leurs maris étaient tous des saints et on finissait par regretter de n’être pas nées trente ans plus tôt pour pouvoir profiter des mâles si exemplaires de leur génération.»

La chute de l’histoire, savoureuse, donne dans l’humour noir et elle est tout à fait dans la tonalité de l’écriture légère et souvent narquoise de Pascale Dietrich. Cette lecture a été pour moi une jolie découverte, dont je suis sorti épanoui et amusé.

À noter que les éditions Liana Levi semblent vouloir lancer la mode du polar se déroulant sur une île, puisqu’il y a quelques mois elles nous avaient permis de découvrir l’excellent Terminus Belz d’Emmanuel Grand. J’attends donc leur prochain « polar ilien » avec d’autant plus d’impatience que ces deux-là sont très réussis.

Une île bien tranquille
Pascale Dietrich
Éditions Liana Levi (mai 2016)
157 pages

 

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