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Publié par Jacques Teissier

Quand la neige danse, de Sonja Delzongle

Ceux qui aiment les polars américains ne seront pas dépaysés : tout comme Maud Tabachnik, Maxime Chattam ou Frank Parisot, l’écrivaine franco-serbe Sonja Delzongle a choisi comme cadre de son histoire les États-Unis, et plus précisément une petite ville proche de Chicago : Crystal Lake. L’histoire se déroule au cœur de l’hiver avec ce qu’il faut de froid glacial, de blizzard et de neige pour que lecteur, confortablement installé sous sa couette bien chaude ou sur son confortable et moelleux canapé, en apprécie davantage encore la lecture.

Quatre disparitions d’enfants dans un laps de temps assez court ont mis en ébullition la communauté habituellement tranquille de Crystal Lake, où Joe Lasko est médecin. Jeune père divorcé dont l’épouse alcoolique est en cure de désintoxication, Joe ne se remet pas de la disparition de Lieserl, sa fille de quatre ans, la dernière des enfants à avoir été enlevée.

Les enlèvements d’enfants sont un des grands classiques de la littérature policière et elles sont toujours un moteur efficace du suspense, chaque lecteur pouvant projeter sa propre angoisse de parent en imaginant sa propre réaction s’il était placé devant une telle situation. Pour un auteur, le défi est de taille, car le lecteur peut avoir en tête de multiples références d’histoires tournant autour de ce sujet avec plus ou moins d’habileté de bonheur : l’originalité et la surprise sont donc à trouver ailleurs que dans un thème maintes fois rencontré. Pour Sonja Delzongle, elles se situent d’abord chez certains de ses personnages.

Il y a Hanah Baxter, la célèbre profileuse que nous avions déjà croisée dans Dust, le précédent roman de Sonja Delzongle. Hanah, qui va aider Stevens sur cette affaire, ne se déplace jamais sans son pendule qui lui permet de trouver, quand elle le fait tournoyer au-dessus d’une carte, le corps méchamment occis d’une personne disparue. C’est ce qu’elle va faire au-dessus de la carte de Crystal Lake, permettant ainsi à l’enquête de démarrer.

Original, c’est aussi le cas pour Al Stevens, le chef de la police locale responsable des recherches, un gars qui se nettoie les mains avec un gel antiseptique chaque fois que les circonstances l’obligent à serrer la pince d’un quidam. Encore plus étrange, sinon inquiétant pour un flic américain : sa fascination pour la philosophie, qui le conduit à partager tous les instants libres de sa vie (et même parfois les autres) avec Nietzsche, Heidegger et Kant...

D’autres personnages, pour être moins originaux, restent tout de même intéressants pour l’évolution du récit ou la tension dramatique qu’ils permettent d’introduire. Eva Sportis, détective privée et ancienne élève d’Hannah, devenue son amie, est de ceux-là. Eva était quelques années plus tôt, la petite amie de Gabe (dit le Magnifique), le frère ainé de Joe. Ce dernier était à l’époque amoureux d’elle, sans oser le lui avouer. Quand elle va lui proposer son aide pour retrouver Lieserl, une intuition fulgurante m’a permis de pressentir qu’une histoire sentimentale (et même une histoire d’amour, n’ayons pas peur des gros mots) risquait de voir le jour entre ces deux là. Naturellement, si ça devait être le cas, je ne vous dirais rien, même sous la torture !

Quant à Gabe le Magnifique, il a mal tourné. Après avoir purgé une peine de plusieurs années de prison pour avoir tué un flic, il revient au pays pour demander de l’aide à son frère, à un moment où celui-ci a d’autres préoccupations en tête. L’évolution de leurs rapports, qui démarrent mal, sera un des thèmes annexes du roman.

La complexité de l’intrigue est la deuxième particularité du livre. J’aime les intrigues alambiquées : quand je réussis à les comprendre, j’ai la sensation agréable (et fugace) d’être très intelligent. Le risque corollaire quand je ne comprends pas (ce qui m’arrive, hélas), c’est de me sentir très con. Avec Quand la neige danse, j’ai dû parfois m’accrocher aux branches, pour saisir tous les tenants et les aboutissants sur les raisons des disparitions des enfants ! C’est d’ailleurs le seul reproche que je ferai à ce roman : l’auteur a tellement cherché à surprendre le lecteur que parfois la crédibilité et la cohérence du récit en pâtissent, surtout dans les derniers chapitres.

Mais c’est un reproche mineur au regard du plaisir de lecture qu’il m’a procuré. Le style de Soja Delzongle, vif, précis, direct, s’adapte parfaitement avec son récit, que ce soit dans les moments où l’action est reine, dans la description des relations entre les personnages ou même la psychologie de ceux-ci, qui occupe une place de plus en plus importante vers la fin du récit.

 Un très bon thriller, qui devrait plaire à tous ceux qui apprécient les suspenses.

 

Quand la neige danse
Sonja Delzongle
Éditions Denoël (avril 2016)
Collection Sueurs froides
432 pages

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