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Publié par Jacques Teissier

Maudits soient les artistes, de Maurice Gouiran

Maurice Gouiran a l’habitude d’accrocher ses intrigues policières à une réalité trouvée dans un passé plus ou moins proche, le plus souvent éloignée de quelques décennies... à moins que ce ne soit l’inverse ! Les assassinats mystérieux et l’enquête n’étant alors qu’un prétexte à la réémergence d’évènements historiques le plus souvent oubliés – sinon méconnus – du grand public.

Quoi qu’il en soit, tout comme pour les romans historiques, la difficulté essentielle de l’exercice est bien de concilier des personnages fictifs et une intrigue imaginée par l’auteur avec une documentation rigoureuse, fouillée, précise. Dans ce jeu-là, Maurice Gouiran excelle et fait preuve d’une imagination débordante pour concilier ces impératifs de narration qui semblent n’avoir entre eux aucun lien apparent.

Quel rapport en effet peut-il exister entre Alexandre Grothendieck, génial mathématicien mort en reclus en 2014 coupé de toute vie sociale depuis plus de trente ans, Cornelius Gurlitt, un collectionneur allemand de 78 ans chez qui la police découvre en 2012 une fabuleuse collection de toiles des plus grands maitres de la peinture du XXe siècle que l’on soupçonna d’avoir été volées à des juifs par les nazis, et les Bertignac, un couple de vieux Marseillais désargentés que l’on retrouve chez eux salement occis après avoir été torturés ?

Naturellement, ce rapport existe bel et bien, et c’est notre vieille connaissance, le journaliste marseillais Clovis Narigou, qui va tenter de démêler cet écheveau embrouillé, à l’aide de sa complice et tendre amie Emma, flic de son état malgré son étrange look de punkette. Dans son antre paisible de la Varune où il s’obstine à élever des chèvres, Clovis va recevoir son fils, sa belle-fille ainsi que trois couples d’amis de ceux-ci. Ces derniers débarquent chez lui affublés de leurs terrifiants rejetons, ce qui va permettre quelques scènes croustillantes sur le thème du choc des cultures parisiano-marseillaises ou encore sur l’angoisse que peut susciter chez un homme épris de calme et aimant la nature la cohabitation difficile avec des enfants turbulents et agités... autrement dit : normaux.

En parallèle, nous suivons la vie dans l’Allemagne des années 1930 de Hidebrande Gurlitt, le père de Cornelius, et de son ami Otto Landau, un médecin amateur d’art, ainsi que les derniers jours de Valentine Bertignac. L’intrigue se met peu à peu en place avant de se dénouer, non sans nous avoir révélé les détails des réseaux complexes qui avaient été mis en place par les nazis, en France comme dans d’autres pays occupés, pour spolier des juifs amateurs d’art en permettant au passage à des experts utilisés par les Allemands de soustraire une partie des œuvres à leur profit.

Les considérations de Clovis sur la mentalité marseillaise, sa description amoureuse des calanques et de quelques endroits magiques de la ville et de ses environs, ses rencontres féminines (il reste malgré son âge un éternel séducteur), la truculence de certains des personnages du Beau bar qu’il fréquente assidument, tout cela donne de la chair au récit. Maurice Gouiran a su trouver le point d’équilibre entre une documentation fouillée, précise, qui apporte au lecteur une kyrielle d’informations sur un sujet mal connu, et une intrigue bien ficelée, servie par des personnages attachants.

Sa verve fait le reste et emporte l’adhésion des lecteurs.

Je recommande !

 

Maudits soient les artistes
Maurice Gouiran
Éditions Jigal (février 2016)
230 pages

 

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