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Publié par Jacques Teissier

Les filles oubliées, de Sara Blædel

Chouette, une auteure de polar que je n’ai encore jamais lue à me mettre sous la dent (ou plutôt sous l’œil), ça ne se refuse pas, ai-je pensé en ouvrant ce roman publié par les éditions Terra Nova. D’autant plus que, selon son éditeur, la dame semblait être très connue, pas seulement dans son immeuble, mais aussi dans tout le Danemark, obtenant même, ajoutait-il, un immense succès dans 24 pays avec ses romans mettant en scène l’enquêtrice Louise Rick.

Du coup, même en tenant compte de l’exagération somme toute bien compréhensible d’un éditeur parlant de l’un de ses auteurs, j’avais presque honte de n’en avoir jamais entendu parler et d’en être resté à Jussi Adler-Olsen et Inger Wolf dans ma perception de la littérature policière danoise. Une vision un peu limitée, et même étriquée, il faut le reconnaitre, même si ces deux auteurs sont plutôt bons. Qu’en est-il donc de cette Sara Blædel, chaudement recommandée par Michael Connelly et Camilla Lackberg ? (ce qui n’est pas rien, vous en conviendrez !)

Son personnage de Louise Rick, mère d’un ado qu’elle élève seule, vient d’être nommée directrice technique des affaires spéciales, une unité nouvellement créée. Pour sa première affaire, le corps d’une femme est retrouvé au fond d’un ravin, dans une forêt. L’enquête va se dérouler dans une région rurale dans laquelle Louise a passé son enfance, ce qui va lui permettre de retrouver des relations perdues de vue depuis de longues années, pour certaines d’entre elles.

Le décès de la femme est visiblement récent, sauf qu’il y a un léger problème : son identification permet de découvrir qu’elle a été déclarée morte dans un institut pour arriérés mentaux (expression employée à l’époque) une trentaine d’années plus tôt, en même temps que sa sœur jumelle. En parallèle à cette recherche, des disparitions jugées inquiétantes de femmes sont signalées dans la région. Sont-elles en rapport avec l’enquête menée par Louise ?

La découverte par l’enquêtrice des pratiques qu’utilisait cet Institut Eliselunde pour s’occuper de ces « enfants oubliés » par leurs parents et cachés par la société est un des points forts du roman. La violence des méthodes prétendument thérapeutiques – qui en réalité ne sont destinées qu’à assurer une certaine tranquillité au personnel – est terrifiante, bien que semble-t-il plus représentative d’une certaine époque que d’un lieu géographique déterminé : j’imagine que l’on pourrait retrouver dans la France du milieu du siècle précédent des Instituts du même acabit !

Les personnages de Sara Blædel, bien campés et parfois hauts en couleur constituent un des attraits de la lecture. Naturellement, les rapports qu’elle va établir avec son coéquipier Eik Nordstrǿm sont au tout début – et plutôt classiquement – conflictuels. Il faut dire que leur première rencontre professionnelle, qui se passe dans un bistrot, est plutôt surprenante :

« Les hommes étaient en train de remplacer les fûts de bière quand Louise s’avança jusqu’au fond de la salle, où deux machines à sous étaient fixées au mur. La moquette était poisseuse par endroits, et sur les tables les cendriers étaient pleins de mégots. Ulla était occupée à remettre la salle en ordre après une nuit de beuverie.

Nordstrǿm était étendu sur quatre chaises collées les unes aux autres et repoussées le long du mur. Quelqu’un l’avait recouvert avec une petite couverture en polaire. Il ronflait doucement, la bouche ouverte, et une mèche de cheveux graisseux lui retombait sur le front et le nez ».

Savoir comment leurs rapports vont évoluer après cette première impression constitue l’un des enjeux de la narration, et bien sûr nous pouvons tout imaginer !

L’auteur conduit tranquillement le lecteur vers la solution de l’énigme en privilégiant la psychologie des personnages et les rapports humains. Vers la fin du roman, Louise Rick m’est devenue familière et sympathique et je l’ai quitté avec quelques regrets. De quoi finalement me dire que le succès que connait Sara Blædel  au Danemark est compréhensible et pleinement justifié.

 

Les filles oubliées
Auteur : Sara Blædel
Traduction : Martine Desoile
Éditions Terra Nova (12 novembre 2015)
320 pages

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