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Publié par Jacques Teissier

Méfaits d’hiver, de Philippe Georget

Quand les drames liés à l’adultère explosent à Perpignan...

J’ai découvert Philippe Georget avec le paradoxe du cerf-volant, un remarquable roman dans lequel le conflit yougoslave des années 90, et plus particulièrement les massacres de populations civiles, constituait la toile de fond du récit.

Dans Les violents de l’automne, il nous concoctait une histoire de vengeance liée à la fin de la guerre d’Algérie, au départ douloureux des pieds-noirs vers la métropole, aux meurtres sanglants et aveugles de l’O.A.S. puis à la fuite des principaux responsables de cette organisation vers différents pays idéologiquement proches d’eux. Le lieutenant de police Gilles Sebag était chargé de l’enquête sur une série de meurtres dont l’origine remontait donc plusieurs décennies plus tôt.

C’est ce même lieutenant que nous retrouvons dans ce dernier polar de Philippe Georget, Méfaits d’hiver, qui nous propose un changement radical par rapport aux deux précédents, puisqu’il s’éloigne des  drames suscités par l’histoire politique contemporaine pour nous entrainer dans l’intime, la vie de couple, ses bonheurs et ses difficultés.

De quoi s’agit-il ?

Gilles Sebag traverse une période difficile sur le plan personnel. Il vient de découvrir que son épouse Claire avait une liaison. Problème : il en est plus que jamais amoureux et il était persuadé que c’était réciproque !  

Bon, je devine à voir votre air affligé ce que vous pouvez penser : encore une histoire d’adultère, quelle banalité. Il n’y a vraiment pas de quoi en faire toute une histoire...

Je vous ferai tout d’abord remarquer que c’est facile d’ironiser quand ce n’est pas à vous que ça arrive, ou à contrario quand ça vous est arrivé tellement souvent que vous ne réagissez plus à cette découverte que par un simple haussement d’épaules amusé ou bien par une moue désabusée.

Et j’ajouterai ensuite : si, justement ! Vous allez voir qu’il y a de quoi en faire une histoire, et même un excellent polar. Car si l’intrigue policière ne porte pas sur l’amant de Claire, elle sera concomitante à une série de drames liés à des adultères. Ceux-ci semblent se multiplier de façon spectaculaire dans la ville de Perpignan : assassinat d’un conjoint infidèle, suicide d’un mari trompé, prise d’otage par un mari jaloux de son épouse... Certains détails finissent par rendre suspects ces drames et Sebag, qui est chargé de l’enquête, va être renvoyé à ses propres difficultés conjugales puisqu’il ne va croiser que des maris trompés et des femmes infidèles (jamais le contraire : est-ce un hasard ?).

Il y a donc deux histoires entremêlées, l’enquête policière classique étant doublée d’une réflexion sur l’évolution des couples dans la société française contemporaine.

De fait, si l’intrigue tient une place centrale, les rapports entre  Claire et Gilles sont présents dans chaque chapitre. Quelles vont être leurs réactions respectives ? Comment leurs rapports vont-ils évoluer ? Quel moyen va utiliser Gilles pour parvenir à surmonter cette blessure d’amour-propre douloureuse et destructrice ? Va-t-il choisir l’alcool pour tenir le coup ? Claire, tout comme Gilles, va tout faire pour que la rupture soit évitée, mais malgré cette volonté commune, y parviendront-ils ?

Les réponses à ces questions occupent une large part du livre. Avec habileté, l’auteur évite toute dramatisation d’une histoire de couple somme toute banale. En analysant finement les raisons qui ont amené Claire à se lancer dans une liaison alors que Gilles n’a rien vu venir, il parvient à rendre attachants les deux personnages : Sebag, bon flic qui préfère sa vie de famille à son boulot et Claire, enseignante dans un lycée de la ville, qui a besoin de plaire, de se sentir toujours désirée, et qui a trouvé chez un collègue ce que son mari ne pouvait plus lui apporter.

Au lieu de choisir le registre de la violence – ce qui est facile dans un polar – Philippe Georget préfère mettre en mots l’humanité ordinaire. Ses personnages ne sont pas des héros, ils nous ressemblent, nous pourrions être à leur place. La description de la vie quotidienne dans le commissariat fait une large place à la convivialité des relations entre collègues : même si des petits conflits professionnels existent, ils ne vont jamais très loin.  La raison pour laquelle les drames liés à l’adultère augmentent en flèche à Perpignan étant assez rapidement comprise, le ressort essentiel de l’intrigue va consister à trouver celui qui en est responsable et à savoir comment le filet policier va se refermer sur lui.

Alors que ce parti pris de quotidienneté pourrait faire craindre un certain ennui, l’écriture alerte de l’auteur le rend au contraire vivant ; le lecteur est happé par l’histoire jusqu’à la dernière page. Fluidité de l’écriture, crédibilité des personnages, intelligence des rapports humains, ce dernier Georget est parfaitement réussi. Une lecture plaisante, qui devrait faire passer un bon moment à de nombreux lecteurs.

 

Méfaits d’hiver
Philippe Georget

Jigal (15 septembre 2015)
Collection : Polar
352 pages

 

 

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