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Publié par Jacques Teissier

La Piste noire, d'Åsa Larsson

Åsa Larsson : entre l’Afrique et la Suède, entre meurtres et magouilles politico-financières...

Quoi de mieux, par ces temps de forte chaleur, qu’un petit voyage en Suède, même s’il n’est que littéraire ? Avec, par exemple, la lecture d’un remarquable polar politico-financier dans lequel le suspense va crescendo de la première à la dernière page ? Surtout quand nous retrouvons – cerise sur le gâteau – le personnage complexe et attachant de Rebecka Martinson qui, après un drame personnel douloureux et traumatisant [voir le sang versé] vient de lâcher son métier d’avocate pour devenir procureur auxiliaire.

Avec la piste noire, Åsa Larsson, nouvelle étoile du polar scandinave, nous entraine dans les méandres du monde financier international, et plus particulièrement celui des prédateurs de l’Afrique. En toile de fond de l’intrigue policière, elle nous décrit le mécanisme implacable qui conduit certains spéculateurs de la haute finance à utiliser la corruption, la déstabilisation politique des gouvernements élus, n’hésitant pas à financer des tentatives de coup d’État ou à susciter des guerres afin que leurs investissements deviennent pleinement rentables.  

La grande réussite de l’auteur, c’est de nous entrainer dans ce monde avec subtilité, sans trop en faire, d’éviter toute dénonciation moralisatrice de comportements criminels pour s’attacher aux motivations, comportements et modes de vie des différents protagonistes de l’histoire. Une histoire qui démarre comme un polar classique : le corps sans vie d’une jeune femme est retrouvé dans une cabane de pêcheurs de Kiruna. Tortures, puis assassinat. Quel est le rapport avec le milieu des spéculateurs internationaux ?

Inna Wattrang, la brillante et talentueuse jeune femme assassinée, était la porte-parole et chargée de communication d’un richissime industriel fondateur d’une compagnie minière internationale, Mauri Kallis.

Quelle était sa vie privée ? Quel était son rôle exact au sein de la société ? Les deux policiers en charge de l’enquête vont partir dans ces deux directions et tenter de dénouer l’écheveau des faux-semblants, contradictions, mensonges qui leur seront délivrés par les responsables de la société Kallis Mining.

Trois éléments donnent à ce polar une force rarement atteinte, même par les meilleurs auteurs : des personnages complexes, remarquablement dessinés, une narration originale et sans temps mort, et enfin une solide documentation sur le monde du capitalisme financier mondialisé. De plus (et pour en rester au nombre trois), il se trouve que trois personnages féminins dominent ce roman.

Tout d’abord (et bien naturellement) celui de Rebecka Martinson. Fragile, tourmentée, sortie depuis peu de l’hôpital psychiatrique où elle était traitée pour un état psychotique aigu, elle tente de se reconstruire en se jetant à corps perdu dans le travail. Elle y parvient plus ou moins bien, ne parvient pas à oublier son ex-patron, le séduisant Malin Norel, dont elle est persuadée (à tort ou à raison, l’histoire nous l’apprendra) qu’il a d’autres chats à fouetter que sa petite personne.

À l’opposé, l’inspectrice chargée de l’enquête, Anna-Maria Mella, est une femme épanouie, discrètement féministe, épouse heureuse et mère de quatre enfants qui occupent l’essentiel de ses pensées. À l’opposée donc des flics alcooliques et névrosés qui hantent tant de polars, son équilibre personnel lui permet d’entretenir de bonnes relations avec son entourage, y compris avec Rebecka Martinson avec qui elle s’entend fort bien.

C’est Inna Watrang, la jeune femme assassinée, qui est le troisième personnage féminin marquant du roman. Aussi séduisante que brillante, amie de longue date de Mauri Kallis, elle reste mystérieuse. Ses motivations, qui restent floues pendant une grande partie du livre, vont s’éclaircir dans les derniers chapitres en éclairant dans le même temps les raisons de son assassinat.

La structure narrative du livre, qui alterne les chapitres écrits au passé portant sur le déroulement de l’enquête avec des chapitres – écrits au présent – sur des épisodes anciens et éclairants de la vie des protagonistes principaux de l’histoire (enquêteurs, victime et suspects), permet à l’auteur de nous faire suivre le fil d’Ariane  d’une belle intrigue qui mêle histoires intimes, rapports de force économiques et conflits politiques avec une maitrise rare.

 Åsa Larsson, en nous baladant entre l’Ouganda et la Suède et en nous faisant partager la vie personnelle ordinaire, mais parfois compliquée des différents protagonistes de l’histoire, nous entraine avec un rythme qui va croissant et qui s’achève par une sarabande folle : la fin du roman est époustouflante de virtuosité et pourrait figurer en bonne place dans une anthologie des scènes de suspense et d’action. Un beau final, pour un grand livre !

 La littérature policière scandinave, qui est étonnamment riche, depuis Henning Mankell, Viveca Sten, Johan Theorin, Jo Nesbo, jusqu’à Jussi Adler Olsen, Inger Wolf, Matti Ronka ou Arnaldur Indridason... et tant d’autres, s’enrichit encore avec Åsa Larsson. Un auteur à découvrir absolument si vous ne la connaissez pas encore. Je vous fiche mon billet que vous ne regretterez pas cette découverte !

 

La piste noire
Åsa Larsson
Albin-Michel (2 septembre 2015)
560 pages

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Commenter cet article

Jean (jackisbackagain) 24/08/2015 11:46

Bonjour Jacques,
Ton enthousiasme pour ce roman et cette auteur ne me laissent pas de marbre. Je note ce titre ainsi que "Le sang versé". Amitiés.