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Publié par Jacques Teissier

Ne reste que la violence, de Malcolm Mackay

Après Il faut tuer Lewis Winter et Comment tirer sa révérence, nous retrouvons dans ce troisième volet de l’œuvre de l’écossais Malcolm Mackay les mêmes personnages, mis à part ceux (nombreux) qui se sont fait occire dans les deux premiers opus de la série.

Car dans le glauque univers de Malcolm Mackay, nombreux sont les hommes qui tombent. Si la vie humaine n’a pas de valeur, elle a bien un prix. Un prix fixé par les truands protagonistes de l’histoire, qui est lié à ce qu’ils peuvent gagner – ou éviter de perdre – en argent et en pouvoir s’ils font passer de vie à trépas un ami de trente ans ou un concurrent. « Où est mon intérêt ? », cette question  est, dans ce milieu, la seule qui mérite d’être posée. Mais après tout, ne les jugeons pas trop hâtivement : ces pratiques, on peut les retrouver aussi dans le milieu des affaires ou du monde politique : vouloir suspendre son adversaire à un croc de boucher ou lui donner un coup de couteau dans le dos (même purement symbolique), ce sont de grands classiques qui ne surprennent plus les citoyens que nous sommes.

Le parallèle est d’autant plus frappant qu’ici les truands se considèrent comme des hommes d’affaires : ils ont des clients, un marché à développer, des concurrents à écraser, du personnel à gérer, des comptables qui leur permettent de trafiquer leur compte. Ils ont simplement des méthodes un tantinet plus expéditives.

Entre Jamieson, Shug et MacArthur, concurrents dans le trafic de drogue et autres activités aussi lucratives qu’illicites, c’est un jeu de billard à trois bandes qui se joue. Coups fourrés, trahisons, faux accords pour tromper l’adversaire ou manipulation de la police pour le faire tomber, tous les coups sont permis s’ils permettent de rester maitre du terrain.

Calum, le tueur à gages de Jamieson, va tenir dans cette partie un rôle essentiel, avec les qualités de méthode, d’organisation et de sang froid qu’on lui connait. Des qualités qui seront mises à rude épreuve quand il va décider de lâcher Jamieson en abandonnant dans la foulée un boulot de tueur qui commence à lui peser. Mais quand on vit avec des prédateurs sans scrupules, est-il possible de revenir vers une sorte de normalité sociale ? De changer radicalement de vie sans risquer de perdre la sienne et surtout celle de sa famille ?

C’est l’enjeu qui est au centre du roman de Mackay. Il parvient à le rendre fort et crédible en nous montrant les « faiblesses » affectives de Calum à travers son attachement pour son grand frère William et pour sa mère. Des faiblesses qui, en temps normal, ne pardonnent pas dans ce métier. Et en effet, quand William, propriétaire d’un garage étranger à la pègre va subir les contrecoups du choix de son frère lorsqu’il veut aider celui-ci à s’enfuir, comment va réagir Calum ? La décision qu’il va prendre est une des surprises du livre.

Un autre personnage du roman va jouer un rôle essentiel dans l’histoire : Young, le bras droit de Jamieson, l’organisateur, le calculateur, le manipulateur. Young, aussi proche de Jamieson qu’on peut l’être avec quelqu’un dans ce milieu, mais dont les qualités peuvent se révéler dangereuses  pour celui-ci en cas de coup dur. On le voit, la vie est dure pour les truands, qui ne peuvent se fier à personne, même à leurs proches !

Malcolm Mackay nous propose des personnages d’autant plus intéressants qu’ils sont capables de réfléchir, d’analyser, d’évaluer les rapports de force, de prévoir comment ils peuvent les modifier en leur faveur. Certains (Jamieson, Young) sont des tueurs impitoyables et froids, mais aussi des hommes d’affaires avisés et perspicaces qui ne dépareraient pas dans le cercle fermé des grands patrons de l’industrie ou de la finance.

La fin du roman, si elle apporte quelques réponses aux questions que se pose le lecteur, laisse la porte ouverte à une suite. Le jeu n’est pas terminé, il va se poursuivre sous d’autres formes et dans d’autres conditions. Lesquelles ? C’est à Malcolm Mackay de jouer !

 Jacques (lectures et chroniques)

Ne reste que la violence
Malcolm Mackay
Éditions Liana Levi (2 octobre 2014)
352 pages

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